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1ère A · Français · 4 Commentaires composés corrigés · Programme officiel INRAP
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4 Commentaires Composés Corrigés

Français · 1ère A · Un texte original par genre (poésie, roman, théâtre, argumentatif)
Méthode : Introduction (situation du texte, idée générale, annonce du plan) — Développement (analyse par axes) — Conclusion (bilan, intérêt du texte, ouverture)

4 textes Corrigés intégraux Analyse par axes Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 4 textes

1

Commentaire Composé — N°1

Un poème sur la quête d'identité entre héritage et modernité

Poésie
identitémémoirenégritude
Texte

Racines et antennes

Je porte un nom que le vent n'a pas effacé,
Un nom cousu dans la bouche de ma grand-mère,
Un nom plus vieux que les routes goudronnées.

Mes pieds connaissent le sol du village,
Mes mains apprennent le clavier des villes,
Et je marche, funambule, entre deux mémoires.

Là-bas, les tam-tams parlent encore aux ancêtres,
Ici, les néons parlent aux ordinateurs ;
Là-bas, la terre rouge garde nos morts,
Ici, le béton garde nos rêves pressés.

Qui suis-je, moi, fils du fleuve et de l'antenne,
Petit-fils du masque et de l'écran qui brille ?
Je cherche ma racine sous l'asphalte de la ville,
Je cherche mon visage dans les yeux de mon aïeul.

Mémoire, mémoire, ne me laisse pas partir,
Mémoire, mémoire, apprends-moi à revenir,
Car on ne bâtit rien sur une terre oubliée,
Et je veux être arbre, non feuille arrachée.

— Texte proposé, poème en vers libres

Consigne : Faites le commentaire composé de ce texte.

Corrigé — Commentaire composé

I. Introduction

Situation du texte. Ce poème en vers libres s'inscrit dans la veine de la poésie négro-africaine engagée, celle qui, depuis le mouvement de la Négritude, interroge le rapport de l'homme africain à ses origines face aux bouleversements de la modernité. Le titre, « Racines et antennes », annonce d'emblée une tension entre deux images antithétiques : l'enracinement ancestral et la communication technologique contemporaine.
Idée générale. Le poète-narrateur, tiraillé entre le monde traditionnel de ses aïeux et la vie urbaine moderne, s'interroge sur ce qui constitue véritablement son identité et affirme, au terme d'une quête intérieure, la nécessité vitale de rester attaché à sa mémoire ancestrale pour ne pas se perdre.
Annonce du plan. Nous étudierons d'abord comment le niveau lexical construit un réseau serré de la mémoire et de l'identité, puis comment le niveau rythmique, par ses répétitions et ses sonorités, épouse et renforce cette quête intérieure.

II. Développement

Axe 1 — Le champ lexical de la mémoire et de l'identité. Le poème est traversé par un vocabulaire de la filiation et de la transmission : « nom », « grand-mère », « ancêtres », « aïeul », « petit-fils », « masque ». Ce lexique généalogique construit l'image d'un héritage qui se transmet de bouche en bouche, « cousu dans la bouche de ma grand-mère », métaphore filée qui associe la parole à un acte de couture, donc de réparation et de continuité. En parallèle, un second champ lexical, celui de la modernité urbaine — « clavier », « néons », « ordinateurs », « écran », « asphalte », « béton » — vient s'opposer terme à terme au premier, dans une construction en diptyque marquée par les adverbes « Là-bas » et « Ici ». Le verbe « chercher », répété à l'anaphore (« Je cherche ma racine… Je cherche mon visage »), traduit une quête identitaire inachevée, tandis que le nom « racine », central, cristallise tout le poème : il désigne à la fois l'attache végétale et l'origine humaine, unissant le champ lexical de la nature à celui de l'identité.
Axe 2 — Le rythme, les sonorités et les répétitions. Écrit en vers libres, le poème refuse la régularité classique pour mimer, par des vers d'ampleur variable, l'instabilité du narrateur pris entre deux mondes. Les strophes fonctionnent par blocs de trois vers séparés par des blancs, créant des respirations qui isolent chaque étape de la réflexion. La répétition anaphorique de « Là-bas » et « Ici » installe un balancement binaire, presque un battement, qui matérialise le mouvement pendulaire de l'esprit entre village et ville. L'apostrophe finale, « Mémoire, mémoire », redoublée en anaphore, prend une valeur incantatoire proche de l'invocation traditionnelle, comme un appel rituel adressé aux ancêtres. Enfin, l'allitération en [r] (« racine », « route », « rouge », « rêves », « arbre », « arrachée ») confère au texte une dureté sonore qui accompagne la fermeté de la conclusion, tandis que la métaphore finale de l'arbre et de la feuille arrachée clôt le poème sur une image d'une grande force visuelle.

III. Conclusion

Bilan. À travers un lexique généalogique opposé à celui de la modernité et un rythme fondé sur la répétition et le balancement, ce poème met en scène une quête d'identité qui trouve sa résolution dans un attachement affirmé à la mémoire ancestrale.
Intérêt du texte. Ce texte illustre avec force la manière dont la poésie peut donner une forme sensible à une question existentielle universelle : comment demeurer soi-même, enraciné, tout en habitant pleinement le monde moderne, sans que l'un des deux termes n'efface l'autre.
Ouverture. Cette réflexion trouve un écho dans toute la littérature africaine contemporaine, qui interroge sans cesse la cohabitation entre tradition et mondialisation, et invite à comparer ce texte avec d'autres écritures poétiques traitant de l'exil intérieur et du retour aux sources.
2

Commentaire Composé — N°2

Un récit à la première personne marqué par la distance et l'indifférence

Roman
indifférenceabsurdedistance narrative
Texte

On a enterré ma tante un mardi. Il faisait chaud. Le curé a parlé longtemps, je crois, mais je n'ai pas vraiment écouté. J'ai compté les corbeaux sur le mur du cimetière ; il y en avait sept. Ma cousine pleurait fort, trop fort peut-être. Moi, je regardais mes chaussures, couvertes de poussière rouge. Le cercueil est descendu sans bruit particulier. Quelqu'un a dit qu'elle avait été une femme bonne. Je ne sais pas si c'était vrai. Après, on nous a servi du thé sous un manguier, et les gens parlaient déjà d'autre chose, du prix de l'essence, d'un match de football. Je suis resté assis, sans rien dire. Ma mère m'a demandé si j'allais bien. J'ai répondu oui. Elle n'a pas insisté. Le soir, j'ai mangé normalement. Le lendemain, je suis retourné au travail comme si de rien n'était. Personne n'a semblé trouver cela étrange, sauf peut-être moi, un peu.

— Texte proposé, extrait de roman

Consigne : Faites le commentaire composé de ce texte.

Corrigé — Commentaire composé

I. Introduction

Situation du texte. Cet extrait de roman relève de l'écriture de l'absurde, courant littéraire dans lequel le narrateur rapporte les événements les plus graves de l'existence — ici des funérailles — sur un ton plat, presque clinique, sans manifester d'émotion apparente. Le récit, mené à la première personne et au passé composé, adopte la forme d'un compte rendu factuel d'un enterrement familial.
Idée générale. Le narrateur relate la mort et l'enterrement de sa tante avec une froideur troublante, s'attardant sur des détails insignifiants (les corbeaux, la poussière, le thé, le football) plutôt que sur la douleur du deuil, créant ainsi un effet de décalage et d'étrangeté entre l'événement et la manière dont il est raconté.
Annonce du plan. Nous analyserons d'abord le niveau grammatical du texte, à travers ses temps verbaux, ses pronoms et la brièveté de ses phrases, puis le niveau rhétorique, marqué par l'absence de figures de style emphatiques qui installe un effet de distance et de froideur.

II. Développement

Axe 1 — Le niveau grammatical : temps verbaux, pronoms et phrases courtes. Le passé composé domine tout le texte (« a enterré », « a parlé », « ai compté », « est descendu », « a dit »), temps de l'oralité qui rapporte les faits comme une simple succession chronologique, sans mise en perspective ni recul analytique propre à l'imparfait descriptif ou au passé simple narratif traditionnel. Le pronom « je » structure le récit, mais il alterne avec un « on » impersonnel (« On a enterré », « on nous a servi ») qui dilue la responsabilité et l'implication du narrateur dans l'événement qu'il vit pourtant directement. Surtout, la syntaxe privilégie des phrases très courtes, souvent réduites à une proposition unique (« Il faisait chaud. » ; « J'ai répondu oui. » ; « Elle n'a pas insisté. »), juxtaposées sans connecteurs logiques de cause ou de conséquence. Cette parataxe systématique interdit toute hiérarchisation émotionnelle des faits : la mort de la tante et le prix de l'essence sont rapportés selon la même syntaxe neutre, au même niveau d'importance apparente.
Axe 2 — Le niveau rhétorique : absence de figures de style et effet de froideur. Le texte se distingue par l'absence quasi totale de figures d'amplification ou de pathétique : pas de métaphore de la douleur, pas d'exclamation, pas d'hyperbole pour dire le chagrin. Là où l'on attendrait une figure d'insistance, le narrateur préfère une litote atténuée (« un peu ») ou une modalisation dubitative (« je crois », « peut-être », « Je ne sais pas si c'était vrai ») qui refuse tout engagement affectif ferme. L'énumération neutre des détails triviaux — les corbeaux comptés avec une précision presque comique (« il y en avait sept »), la poussière rouge sur les chaussures, le thé sous le manguier, le match de football — fonctionne comme un procédé de décentrement : l'attention se détourne systématiquement de l'essentiel (la perte) vers l'accessoire. Ce déplacement du regard, renforcé par la platitude du style, produit un effet de froideur clinique qui isole le narrateur du reste des personnages endeuillés et donne au texte toute son étrangeté.

III. Conclusion

Bilan. Par une grammaire de la neutralité — passé composé, pronoms dilués, phrases courtes juxtaposées — et par une rhétorique dépourvue de tout pathos, ce texte construit un narrateur détaché dont l'indifférence apparente devant la mort produit un puissant effet d'étrangeté.
Intérêt du texte. Cet extrait montre comment le style, par son dépouillement même, peut devenir porteur de sens : la froideur de l'écriture donne à lire, en creux, un malaise existentiel plus inquiétant qu'une plainte explicite ne pourrait le faire.
Ouverture. On pourrait rapprocher ce texte d'autres œuvres de la littérature de l'absurde qui interrogent, elles aussi, le sens de la vie et de la mort face à l'indifférence du monde, et s'interroger sur ce que cette écriture révèle du rapport de l'individu moderne à ses propres émotions.
3

Commentaire Composé — N°3

Le dilemme tragique : devoir d'État et lien du sang

Théâtre
tragédiedilemme cornélienfraternité
Texte

LE TRÔNE ET LE SANG
Scène unique — Le palais, la nuit précédant le jugement.

MFOA, jeune souverain. — Ngakosi, le conseil exige ta tête avant que l'aube ne blanchisse les collines. J'ai juré, devant les ancêtres et devant le peuple assemblé, de faire régner la loi sur le sang. Comment porter la couronne si ma première loi trahit mon premier serment ?
NGAKOSI, son frère aîné, enchaîné. — Alors frappe, petit frère, puisque tu portes déjà la couronne dans ton cœur plus que notre mère ne t'a porté dans ses flancs. Mais sache que ce sang que tu verseras, c'est le tien que tu répands.
MFOA. — Tais-toi.
NGAKOSI. — Je me tairai quand tu m'auras tranché la gorge.
MFOA. — Tu as levé une armée contre ton roi.
NGAKOSI. — J'ai levé une armée contre l'injustice que tu sers.
MFOA. — Le peuple m'a choisi.
NGAKOSI. — Le peuple t'a craint.
MFOA. — Que veux-tu que je fasse ?
NGAKOSI. — Choisis : le frère ou le trône. Nul ne garde les deux mains pleines.
MFOA, après un long silence. — Que les dieux me pardonnent, car je choisis le trône — et je me perds moi-même.

— Texte proposé, scène de tragédie

Consigne : Faites le commentaire composé de ce texte.

Corrigé — Commentaire composé

I. Introduction

Situation du texte. Ce texte est un extrait de théâtre relevant du registre tragique : une scène unique, resserrée dans le temps (« la nuit précédant le jugement ») et dans l'espace (le palais), qui met face à face deux frères séparés par la guerre civile. La forme dialoguée, l'emploi des didascalies et la solennité du vocabulaire situent d'emblée le texte dans la tradition de la tragédie classique, où les personnages de haut rang se trouvent pris dans un engrenage qui les dépasse.
Idée générale. Le texte met en scène un dilemme cornélien : le jeune roi Mfoa doit choisir entre son devoir de souverain, garant de la loi, et son amour fraternel pour Ngakosi, chef de la rébellion vaincue. Aucune issue ne permet de satisfaire les deux exigences à la fois, et c'est précisément cette impossibilité qui fait la matière tragique de la scène.
Annonce du plan. Nous montrerons d'abord comment l'écriture dramatique, par l'alternance de la tirade et de la stichomythie, organise la confrontation des deux frères (I), puis comment la tension scénique et l'enjeu tragique conduisent inexorablement à un dénouement douloureux (II).

II. Développement

Axe 1 — Niveau rhétorique : tirades, stichomythie et pathétique. La scène s'ouvre sur une tirade de Mfoa, construite en phrases complexes et en antithèse (« la couronne » / « ma première loi trahit mon premier serment ») : le roi cherche encore à se justifier par le raisonnement, signe qu'il n'a pas renoncé à l'espoir d'un compromis. Ngakosi lui répond par une image saisissante, le parallèle entre la couronne portée « dans le cœur » et le frère porté par la mère « dans ses flancs », qui oppose le pouvoir abstrait au lien charnel. Puis le dialogue bascule dans la stichomythie : les répliques se réduisent à une ligne, se répondent en écho et en chiasme (« Le peuple m'a choisi. » / « Le peuple t'a craint. »), traduisant un affrontement verbal de plus en plus serré, où chaque frère renvoie à l'autre son propre argument retourné. Le pathétique culmine dans la dernière réplique de Mfoa, où l'invocation aux dieux et l'aveu « je me perds moi-même » substituent au raisonnement le cri de la conscience déchirée.
Axe 2 — Niveau dramatique : tension, rythme et enjeu tragique. Le rythme du dialogue épouse la montée de la tension : aux longues répliques initiales succèdent des répliques toujours plus courtes, jusqu'au vers unique, ce qui accélère visuellement et sonorement le tempo de la scène, comme si le temps se resserrait à mesure que l'aube approche. La didascalie « après un long silence » suspend l'action juste avant le dénouement, procédé classique qui intensifie l'attente du spectateur. L'enjeu tragique proprement dit tient dans l'formule de Ngakosi, « Choisis : le frère ou le trône », qui formule le dilemme sous sa forme la plus dépouillée et prive Mfoa de toute échappatoire : quelle que soit sa décision, il perd. Le personnage n'est donc pas victime d'un ennemi extérieur, mais de la structure même de sa fonction, ce qui est la marque du tragique le plus pur.

III. Conclusion

Bilan. L'analyse a montré comment ce court dialogue construit, par des moyens proprement dramatiques (tirade, stichomythie, didascalies, accélération rythmique), la représentation d'un dilemme insoluble entre devoir politique et lien fraternel.
Intérêt du texte. Ce texte illustre avec efficacité les ressorts fondamentaux de la tragédie classique : un personnage noble, un choix impossible, une fatalité qui ne vient pas d'un hasard extérieur mais de la logique même de la situation. Il montre aussi que le théâtre, par la seule économie du dialogue, peut concentrer en quelques répliques une intensité émotionnelle considérable.
Ouverture. On pourrait rapprocher ce texte d'autres œuvres, classiques ou africaines contemporaines, où le pouvoir politique entre en conflit avec les solidarités familiales ou claniques, et s'interroger sur la manière dont le théâtre, hier comme aujourd'hui, continue d'interroger les fondements de l'autorité et les limites de la loyauté.
4

Commentaire Composé — N°4

La littérature comme levier de conscience civique en Afrique

Texte argumentatif
littérature engagéeAfriqueargumentation
Texte

La littérature n'est pas un luxe que les peuples pauvres pourraient s'épargner ; elle est, au contraire, l'un des instruments les plus sûrs de leur émancipation. En Afrique particulièrement, où l'oralité a longtemps porté la mémoire collective, l'écriture prend le relais pour dénoncer les injustices, réveiller les consciences endormies et proposer d'autres chemins possibles. Certes, on objectera que la littérature ne nourrit personne et que les urgences économiques priment sur les préoccupations esthétiques. Pourtant, comment construire des sociétés durables sans d'abord transformer les mentalités ? Le roman qui dénonce la corruption, la pièce qui met en scène l'exil forcé, le poème qui chante la dignité retrouvée : tous participent, à leur échelle, à l'éveil citoyen. Ainsi, loin d'être un ornement réservé à une élite, la littérature africaine doit être reconnue comme un véritable levier de transformation sociale, capable d'éduquer, de mobiliser et de rassembler les peuples autour d'un projet commun d'avenir.

— Texte proposé, essai argumentatif

Consigne : Faites le commentaire composé de ce texte.

Corrigé — Commentaire composé

I. Introduction

Situation du texte. Ce texte appartient au registre argumentatif et prend la forme d'un court essai contemporain consacré à la fonction sociale de la littérature en Afrique. L'énonciateur s'y adresse directement à un lecteur qu'il cherche à convaincre, en mobilisant à la fois la raison et la conviction personnelle, procédé caractéristique du discours engagé.
Idée générale. L'auteur y défend la thèse selon laquelle la littérature africaine n'est pas un simple ornement esthétique réservé à une élite, mais un véritable instrument d'éveil des consciences et de transformation sociale, capable de préparer les peuples à construire leur propre avenir.
Annonce du plan. Nous étudierons d'abord comment les choix grammaticaux — temps verbaux, connecteurs logiques et modalisateurs — construisent l'assurance de la démonstration (I), puis comment l'organisation rhétorique des arguments et les figures de style renforcent la force persuasive du propos (II).

II. Développement

Axe 1 — Niveau grammatical : temps verbaux, connecteurs logiques, modalisateurs. Le texte est dominé par le présent de vérité générale (« est », « prend le relais », « participent »), qui donne aux affirmations une portée intemporelle et les fait apparaître comme des évidences plutôt que comme de simples opinions. La négation restrictive de l'incipit (« n'est pas un luxe ») installe d'emblée une posture de refutation implicite. L'articulation logique du raisonnement repose sur des connecteurs bien choisis : « au contraire » marque l'opposition fondatrice, « certes » puis « pourtant » organisent le mouvement concessif caractéristique de l'argumentation dialectique, et « ainsi » introduit la conclusion comme une conséquence nécessaire. Enfin, les modalisateurs (« véritable », « sûrs », l'expression modale « doit être reconnue ») expriment l'engagement assumé du locuteur, qui ne se contente pas de décrire mais prescrit une reconnaissance et une action.
Axe 2 — Niveau rhétorique : types d'arguments et figures au service de la persuasion. L'argumentation procède par concession suivie de réfutation : l'objection économique est d'abord admise (« on objectera que… ») avant d'être renversée par une question rhétorique (« comment construire des sociétés durables sans d'abord transformer les mentalités ? ») qui oblige le lecteur à répondre lui-même dans le sens voulu par l'auteur. L'argument d'exemplification prend la forme d'une accumulation ternaire structurée par l'anaphore syntaxique (« Le roman qui... la pièce qui... le poème qui... »), procédé qui suggère, par la seule énumération des genres, l'ampleur et la diversité de l'action littéraire. La métaphore filée du chemin et du levier (« proposer d'autres chemins possibles », « un véritable levier de transformation sociale ») donne une image concrète et dynamique à une idée abstraite, tandis que l'antithèse initiale entre « luxe » et « instrument » condense dès la première phrase toute la thèse du texte.

III. Conclusion

Bilan. L'analyse a montré que ce texte argumentatif combine une construction grammaticale rigoureuse — temps, connecteurs, modalisateurs — et une organisation rhétorique habile — concession-réfutation, question, énumération, métaphore — pour défendre la fonction civique de la littérature en Afrique.
Intérêt du texte. Ce texte illustre la vigueur du discours sur la littérature engagée, en montrant comment un propos abstrait sur la culture peut se déployer avec la même rigueur logique et la même force persuasive qu'une plaidoirie, sans jamais renoncer à l'image et à la conviction.
Ouverture. On pourrait élargir la réflexion en interrogeant la place de l'oralité, mentionnée ici comme mémoire collective antérieure à l'écriture, et se demander si les nouvelles formes de diffusion — radio, réseaux sociaux, littérature numérique — ne prolongent pas aujourd'hui, sous d'autres formes, cette même mission d'éveil civique que le texte assigne à la littérature.