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1ère A · Philosophie · 4 Commentaires de texte corrigés · Programme officiel INRAP
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4 Commentaires de Texte Corrigés

Philosophie · 1ère A · Un extrait d'auteur par grand thème du programme
Méthode : Introduction (thème, problème, thèse de l'auteur, articulations) — Développement (étude ordonnée, intérêt philosophique) — Conclusion (bilan, prise de position, ouverture)

4 textes Corrigés intégraux Étude ordonnée Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 4 textes

1

Commentaire de Texte — N°1

Texte inspiré de Kant — Apprendre à philosopher

OG 1
apprendre à philosopherexercice de la raisonautonomie de la pensée
Texte

"On ne saurait apprendre la philosophie, si l'on entend par là un ensemble de connaissances toutes faites que l'esprit n'aurait plus qu'à recevoir et à retenir, comme on apprend l'histoire d'un pays ou les théorèmes d'une science achevée. Car la philosophie, à la différence des autres savoirs, n'existe nulle part comme un système définitivement constitué que l'on pourrait simplement transmettre d'une tête à une autre. Ce que l'on peut véritablement apprendre, c'est à philosopher : c'est-à-dire exercer sa propre raison, sur les grands problèmes de la connaissance, de la morale et de l'existence, à la manière dont les plus grands penseurs l'ont fait avant nous, sans jamais se contenter de répéter leurs conclusions. Étudier les systèmes des philosophes ne sert donc qu'à nous exercer à penser par nous-mêmes, non à nous dispenser de le faire."

— Texte proposé, librement inspiré de la pensée de Kant, thème de la Critique de la raison pure

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème.Le texte porte sur la nature même de l'activité philosophique et sur la question de savoir ce que signifie « apprendre » en philosophie. L'auteur y distingue deux façons d'apprendre : recevoir passivement un savoir déjà constitué, ou exercer activement sa propre pensée.
Problème.Le texte répond à la question suivante : peut-on apprendre la philosophie comme on apprend une science achevée, un ensemble de connaissances fixées une fois pour toutes, ou bien la philosophie exige-t-elle un tout autre rapport au savoir, fondé sur l'exercice personnel de la raison ?
Thèse de l'auteur.L'auteur soutient qu'on ne peut pas apprendre « la » philosophie comme un contenu figé, parce qu'aucun système philosophique n'est définitivement achevé et transmissible tel quel. On ne peut apprendre qu'à « philosopher », c'est-à-dire exercer soi-même sa raison sur les grands problèmes, en prenant modèle sur la démarche des grands penseurs sans se contenter de répéter leurs conclusions.
Articulations.Le texte progresse en trois temps : d'abord une thèse négative (on ne peut apprendre la philosophie comme un savoir tout fait, à la différence de l'histoire ou des mathématiques) ; ensuite une justification (la philosophie n'existe nulle part comme système achevé et transmissible) ; enfin une thèse positive (on peut apprendre à philosopher, c'est-à-dire exercer sa raison), suivie d'une conséquence pratique sur le rôle de l'étude des systèmes philosophiques.

II. Développement

Étude ordonnée.La première phrase pose une opposition entre deux modèles d'apprentissage : celui des savoirs « achevés » (l'histoire, les théorèmes), où l'esprit se contente de recevoir et retenir, et celui, implicite, de la philosophie, qui échapperait à ce modèle. La deuxième phrase justifie ce refus : la philosophie n'existe « nulle part » comme système « définitivement constitué » ; contrairement à une science dont les résultats sont stabilisés et cumulables, chaque doctrine philosophique reste une construction singulière, discutable, jamais close. La troisième phrase introduit la thèse positive par un déplacement décisif : de « apprendre la philosophie » on passe à « apprendre à philosopher ». Philosopher, c'est « exercer sa propre raison » sur les problèmes fondamentaux (connaissance, morale, existence), en suivant la démarche des grands penseurs sans répéter leurs conclusions : l'important n'est donc pas le résultat obtenu par tel philosophe, mais la méthode et l'activité de pensée elles-mêmes. La dernière phrase tire la conséquence pédagogique : étudier les systèmes ne sert qu'à « nous exercer à penser par nous-mêmes », jamais à nous en dispenser — l'histoire de la philosophie est un moyen, non une fin.
Intérêt philosophique et discussion.Ce texte, dans l'esprit de Kant, invite à repenser le rapport de l'élève au savoir philosophique : il ne s'agit pas d'accumuler des doctrines pour les réciter, mais de développer un jugement autonome, condition de toute pensée critique — exigence particulièrement importante dans un enseignement où la tentation du par-cœur est grande. On peut néanmoins objecter que l'on ne pense jamais « à partir de rien » : même l'exercice de la raison suppose d'avoir assimilé un minimum de concepts, de problématiques et de vocabulaire hérités des philosophes ; la distinction entre savoir et exercice n'est donc pas aussi tranchée que le texte le suggère, et l'un nourrit l'autre. On peut aussi interroger si toute discipline échappe vraiment à ce modèle : les mathématiques elles-mêmes exigent, au-delà de la mémorisation, une compréhension active des démonstrations.

III. Conclusion

Bilan.Le texte établit que la philosophie ne se transmet pas comme un savoir clos : elle s'apprend en s'exerçant, dans l'usage personnel et vivant de la raison sur les problèmes essentiels, l'étude des grands systèmes n'étant qu'un support à cet exercice.
Prise de position.Cette thèse paraît juste dans son principe : la philosophie perd son sens si elle se réduit à la répétition de doctrines ; néanmoins, l'exercice autonome de la raison ne peut se passer entièrement de la fréquentation des œuvres, qui offrent les outils conceptuels indispensables à toute réflexion rigoureuse.
Ouverture.On peut alors se demander si cette exigence d'autonomie de la pensée, propre à la philosophie, ne devrait pas inspirer aussi la manière d'enseigner et d'apprendre les autres disciplines.
2

Commentaire de Texte — N°2

Descartes — Philosophie pratique et maîtrise de la nature

OG 2
la techniquescience pratique vs spéculativemaîtrise de la nature
Texte

"...il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature."

— Descartes, Discours de la méthode (1637), VIᵉ partie

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème.Descartes traite ici du rapport entre la philosophie, la science et la technique, et plus précisément de la finalité que doit se donner la connaissance de la nature : servir à l'action et à l'amélioration de la vie humaine.
Problème.Le texte pose la question suivante : la connaissance philosophique doit-elle demeurer une contemplation spéculative, désintéressée, comme celle enseignée dans les écoles, ou doit-elle au contraire devenir un savoir pratique, utile, capable de transformer notre rapport au monde ?
Thèse de l'auteur.Descartes affirme qu'il faut substituer à la philosophie spéculative traditionnelle une philosophie pratique : en connaissant distinctement les forces et les actions des éléments naturels — à la manière dont l'artisan connaît son métier —, l'homme peut les employer à son profit et devenir ainsi « comme maître et possesseur de la nature ».
Articulations.Le texte s'articule en deux moments : d'abord une opposition entre la philosophie spéculative des écoles et une philosophie pratique possible ; ensuite la description de cette philosophie pratique, fondée sur une connaissance distincte de la nature comparable à un savoir-faire artisanal, et débouchant sur la formule finale qui en énonce la finalité — la maîtrise de la nature.

II. Développement

Étude ordonnée.Descartes commence par affirmer la possibilité de « connaissances fort utiles à la vie » : la connaissance n'est pas jugée ici pour elle-même mais pour son utilité, critère nouveau qui rompt avec l'idéal antique du savoir contemplatif. Il oppose ensuite explicitement cette visée à « la philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles » — visant la scolastique aristotélicienne, tournée vers l'explication des causes plutôt que vers l'action — et lui substitue une philosophie « pratique ». Le cœur du texte réside dans la comparaison avec les artisans : connaître « la force et les actions » des éléments (feu, eau, air, astres, cieux, corps) « aussi distinctement » qu'un artisan connaît son métier, c'est passer d'un savoir abstrait à un savoir opératoire, qui permet d'« employer » ces forces « à tous les usages auxquels ils sont propres ». La formule finale, « maîtres et possesseurs de la nature », condense le projet : la connaissance devient pouvoir d'action, et l'homme, par la technique, s'élève d'une position de sujet soumis à la nature à celle de sujet qui la domine et l'exploite à son service.
Intérêt philosophique et discussion.Ce texte est fondateur de l'idéal moderne selon lequel la science doit être mise au service du progrès technique et du bien-être humain (médecine, agriculture, industrie) ; il annonce l'alliance moderne de la science et de la technique et rompt avec la hiérarchie ancienne qui plaçait la contemplation au-dessus de l'action. On peut cependant discuter cette thèse : l'ambition de rendre l'homme « maître et possesseur de la nature » a aussi engendré, comme le montrent les crises écologiques contemporaines, une domination destructrice de l'environnement, qui invite à repenser les limites de ce projet cartésien. On peut également se demander si toute connaissance doit se justifier par son utilité pratique, ou si une part de savoir désintéressé garde sa valeur propre — la spéculation que Descartes semble ici disqualifier.

III. Conclusion

Bilan.Descartes fonde ici le projet d'une science au service de l'action humaine, substituant à la contemplation spéculative une connaissance opératoire de la nature, comparable au savoir-faire de l'artisan, en vue de la maîtrise pratique du monde.
Prise de position.Ce projet a incontestablement permis d'immenses progrès techniques et médicaux améliorant la condition humaine ; mais l'idéal d'une maîtrise absolue de la nature doit aujourd'hui être tempéré par la conscience des limites écologiques de notre action sur le monde.
Ouverture.Ce texte invite ainsi à interroger la responsabilité qui accompagne tout pouvoir technique : maîtriser la nature suppose-t-il de la respecter, ou de la dominer sans limites ?
3

Commentaire de Texte — N°3

Rousseau — l'origine de la propriété et de l'inégalité

OG 3
propriétésociété civileinégalité
Texte

"Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne."

— Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755)

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème. Ce texte de Rousseau, extrait du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, traite de l'origine de la propriété privée et de sa relation avec la naissance de la société civile. Rousseau y raconte, sous forme d'un récit hypothétique, le moment fondateur où un homme s'approprie la terre par une simple déclaration verbale.
Problème. Le texte pose une question redoutable : la société civile, that l'on croit être un progrès de l'humanité, repose-t-elle en réalité sur une usurpation, sur un mensonge originel accepté par « des gens assez simples » ? Peut-on dire que l'institution même de la propriété, loin d'être naturelle ou légitime, est la source de tous les maux sociaux — guerres, crimes, misères ?
Thèse de l'auteur. Rousseau soutient que la société civile est née d'un acte arbitraire et frauduleux : l'appropriation d'un terrain par un individu, acceptée à tort par ses semblables. Cette fondation illégitime est à l'origine de l'inégalité et de tous les malheurs qui en découlent. Selon lui, l'humanité aurait pu s'épargner ces maux si quelqu'un avait dénoncé l'imposture et rappelé que « les fruits sont à tous » et que « la terre n'est à personne ».
Articulations. Le texte s'articule en deux mouvements : d'abord le récit-thèse (la première phrase), qui identifie l'acte fondateur de la société civile dans l'appropriation frauduleuse d'un terrain ; ensuite une évocation contrefactuelle et polémique (la seconde phrase), où Rousseau imagine ce qu'aurait pu être l'histoire humaine si un contradicteur avait dénoncé l'imposture, ce qui lui permet de dénoncer, par contraste, l'ampleur des malheurs réellement advenus.

II. Développement

Étude ordonnée. Rousseau ouvre son texte par une formule saisissante : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire, ceci est à moi ». Le choix des mots est capital : « s'avisa de dire » souligne le caractère purement déclaratif, presque arbitraire, de l'appropriation — il ne s'agit pas d'un droit fondé en raison, mais d'une simple parole. Le succès de cette parole tient uniquement à la crédulité des autres hommes, « des gens assez simples pour le croire ». Rousseau inverse ainsi la vision classique (notamment lockienne) selon laquelle la propriété serait un droit naturel issu du travail : ici, elle naît d'une convention acceptée par erreur. De cet acte, Rousseau tire une conséquence radicale : son auteur « fut le vrai fondateur de la société civile ». La société civile — avec ses lois, ses institutions, sa hiérarchie — prend donc sa source non dans un contrat rationnel et juste, mais dans une usurpation. Dans la seconde phrase, Rousseau bascule dans l'hypothèse contrefactuelle : il imagine un homme qui aurait arraché les pieux ou comblé le fossé délimitant la propriété, et qui aurait averti ses semblables : « Gardez-vous d'écouter cet imposteur ». L'accumulation « crimes, guerres, meurtres, misères, horreurs » a une fonction rhétorique forte : elle mesure, par contraste, l'ampleur du désastre que l'humanité aurait pu éviter. La phrase finale — « les fruits sont à tous, et la terre n'est à personne » — résume la thèse jusnaturaliste de Rousseau : un état de nature où les biens sont communs, avant toute appropriation.
Intérêt philosophique et discussion. L'intérêt de ce texte est de renverser la légitimité communément accordée à la propriété et à l'État. Alors que des auteurs comme Locke fondent la propriété sur le travail et la voient comme un droit naturel antérieur à la société, Rousseau la présente comme une construction historique contingente, reposant sur la crédulité et la force. Ce texte invite ainsi à interroger la légitimité de toutes les institutions sociales : sont-elles fondées en justice, ou seulement en fait, par l'habitude et l'acceptation tacite des hommes ? On peut néanmoins objecter à Rousseau que son récit reste une fiction hypothétique, un « état de nature » imaginé plutôt qu'historiquement attesté ; lui-même le reconnaît d'ailleurs ailleurs dans le Discours. On peut aussi objecter que la propriété, malgré son origine contestable, a permis le développement économique, la stabilité juridique et l'incitation au travail — arguments que développeront plus tard des penseurs libéraux. Mais la force du texte demeure : il oblige à ne jamais confondre l'existence d'une institution avec sa légitimité, et à toujours interroger l'origine du pouvoir et de la richesse.

III. Conclusion

Bilan. Rousseau montre, à travers ce texte, que la société civile et la propriété privée trouvent leur origine non dans un droit naturel incontestable, mais dans un acte arbitraire accepté par crédulité, générateur d'inégalité et de malheurs.
Prise de position. Cette analyse garde une force critique précieuse : elle nous invite à ne jamais tenir pour naturel ou évident ce qui n'est en réalité qu'une construction historique et sociale, et à questionner sans cesse la légitimité des rapports de propriété et de pouvoir qui structurent nos sociétés.
Ouverture. On peut alors se demander si une organisation sociale fondée sur la mise en commun des biens, comme le suggère Rousseau, est réellement possible à grande échelle, ou si toute société suppose nécessairement une forme d'appropriation et donc d'inégalité — question que reprendront à leur manière Marx et les théoriciens du socialisme utopique.
4

Commentaire de Texte — N°4

Texte inspiré de Kant — le devoir et la loi morale universelle

OG 4
impératif catégoriqueuniversalitédevoir inconditionnel
Texte

"Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. Ce principe ne commande pas d'obéir à telle ou telle règle particulière selon les circonstances ou selon l'intérêt que l'on peut y trouver ; il commande d'agir comme si notre propre décision devait valoir, sans exception, pour tout être raisonnable placé dans la même situation. Un devoir véritable ne dépend donc d'aucune fin extérieure qu'il faudrait atteindre, ni d'aucune récompense qu'il faudrait espérer : il s'impose à la volonté par sa seule forme universelle, inconditionnellement, et c'est cela seul qui distingue l'action véritablement morale de la simple habileté à obtenir ce que l'on désire."

— Texte proposé — librement inspiré de la conception kantienne du devoir, thème des Fondements de la métaphysique des mœurs

Consigne : Faites le commentaire de ce texte.

Corrigé — Commentaire de texte

I. Introduction

Thème. Ce texte porte sur le devoir moral et sur le critère qui permet de le reconnaître comme véritablement moral. Il s'agit d'une paraphrase pédagogique, librement inspirée de la conception kantienne de l'impératif catégorique telle qu'elle est développée dans les Fondements de la métaphysique des mœurs — et non d'une citation littérale de Kant — proposée ici pour éclairer, en langage accessible, la notion d'universalité de la loi morale, essentielle au programme de la série A.
Problème. Comment distinguer une action véritablement morale d'une action seulement intéressée ou habile ? Peut-on fonder le devoir sur autre chose que sur la recherche d'un but ou d'une récompense, et si oui, sur quel critère universel peut-on reconnaître qu'une action est vraiment un devoir ?
Thèse de l'auteur. Le texte soutient qu'une action n'est moralement bonne que si la règle (la maxime) qui la guide peut être voulue comme loi valable pour tout être raisonnable, sans exception et sans condition. Le devoir authentique ne dépend d'aucune fin extérieure ni d'aucune récompense : il s'impose par la seule forme universelle de la loi, ce qui le distingue radicalement du simple calcul d'intérêt.
Articulations. Le texte se déploie en trois temps : l'énoncé du principe fondamental (la maxime universalisable), sa clarification négative puis positive (ce que ce principe ne commande pas, puis ce qu'il commande réellement), et enfin la conséquence qu'on en tire quant à la nature inconditionnelle du devoir, opposée à la simple habileté intéressée.

II. Développement

Étude ordonnée. La première phrase énonce le critère central : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » Une maxime est la règle subjective que se donne un individu pour agir ; le texte exige qu'on puisse vouloir cette règle comme valable pour tous, sans contradiction. Ce test d'universalisation est un exercice de raison, non un calcul d'utilité. La deuxième phrase précise, par la négative puis par l'affirmative, la portée de ce principe : il ne s'agit pas d'obéir à « telle ou telle règle particulière selon les circonstances ou selon l'intérêt » — ce qui exclurait toute règle relative, changeante, dictée par une situation ou un profit personnel — mais d'agir « comme si notre propre décision devait valoir, sans exception, pour tout être raisonnable placé dans la même situation ». C'est l'idée d'impartialité radicale : ma décision doit pouvoir être endossée par n'importe quel être raisonnable, quel qu'il soit. La troisième phrase tire la conséquence décisive : le devoir véritable ne dépend « d'aucune fin extérieure », ni « d'aucune récompense » ; il s'impose « par sa seule forme universelle, inconditionnellement ». Le texte conclut par une opposition forte : c'est ce caractère inconditionnel « qui distingue l'action véritablement morale de la simple habileté à obtenir ce que l'on désire ». Une action habile peut être efficace, intelligente, intéressée — elle n'est pas pour autant morale.
Intérêt philosophique et discussion. L'intérêt de ce texte est de proposer un critère formel et universel de la moralité, indépendant de tout contenu particulier, de toute culture, de toute circonstance : c'est la forme même de la loi (son universalisabilité) qui fonde son autorité morale, non son contenu ou ses effets. Ce texte s'oppose ainsi implicitement à toute morale fondée sur l'intérêt, le calcul des conséquences ou la recherche du bonheur personnel (que l'on retrouve par exemple chez les utilitaristes). On peut cependant discuter la portée de ce critère : est-il toujours possible, en pratique, de déterminer avec certitude si une maxime est universalisable sans contradiction ? Certains dilemmes moraux concrets (mentir pour protéger une vie, par exemple) montrent que l'application rigide de ce principe peut se heurter à des situations complexes où plusieurs devoirs semblent entrer en conflit. On peut aussi objecter que faire abstraction de toute fin et de toute conséquence rend la morale très exigeante, presque inapplicable à la vie ordinaire. Ces limites n'invalident cependant pas la force du texte : il rappelle que la moralité authentique suppose une exigence de raison partagée par tous, et non un simple ajustement aux circonstances.

III. Conclusion

Bilan. Ce texte, inspiré de la philosophie kantienne du devoir, établit que l'action moralement bonne est celle dont la maxime peut être voulue comme loi universelle, sans dépendre d'aucune fin extérieure ni d'aucun intérêt, ce qui la distingue de la simple habileté.
Prise de position. Ce critère d'universalisation garde une grande valeur : il invite chacun à ne pas se faire une exception pour soi-même et à agir selon des règles qu'il pourrait accepter comme valables pour tous, ce qui constitue une exigence essentielle de justice et de respect d'autrui.
Ouverture. On peut alors se demander si une morale purement formelle, indifférente aux conséquences concrètes de l'action, suffit à guider la conduite humaine dans toute sa complexité, ou si elle doit être complétée par une attention aux situations particulières et aux conséquences réelles des actes, comme le proposeront plus tard d'autres courants éthiques.