I. Introduction
Accroche.Énergie nucléaire, manipulations génétiques, intelligence artificielle : jamais la science n'a disposé d'un tel pouvoir sur la nature et sur la vie humaine. Ce pouvoir considérable interroge la place que doit occuper la réflexion morale face à l'avancée des connaissances scientifiques.
Problématisation.La science, définie comme recherche objective et neutre des faits, peut-elle légitimement se dispenser de tout jugement de valeur, ou bien son développement et ses applications exigent-ils nécessairement un questionnement éthique ? Faut-il séparer strictement le domaine du savoir et celui du bien agir, ou reconnaître entre eux un lien indissoluble ?
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que la science peut revendiquer une autonomie et une neutralité méthodologique vis-à-vis de la morale ; nous montrerons ensuite que la puissance technique issue de la science rend au contraire une réflexion éthique indispensable ; nous chercherons enfin à concilier ces deux exigences.
II. Développement
Thèse.Auguste Comte, fondateur du positivisme, soutient que la science, parvenue à l'âge positif, doit se limiter à l'observation des faits et à l'établissement de lois, selon la formule qui résume sa démarche : voir pour prévoir, afin de pouvoir. Dans cette perspective, la science n'a pas à se prononcer sur le bien ou le mal, questions qui relèvent d'un autre ordre que celui des faits vérifiables ; elle se veut neutre, universelle, affranchie des croyances théologiques et des jugements moraux hérités des stades antérieurs de l'esprit humain. La méthode scientifique, fondée sur l'expérimentation et la vérification, semble ainsi pouvoir progresser indépendamment de toute considération éthique, celle-ci n'intervenant qu'après coup, dans l'usage social qui est fait des découvertes.
Antithèse.Mais cette séparation devient périlleuse à mesure que le pouvoir technique de la science s'accroît. Hans Jonas, dans son Principe responsabilité, montre que les technologies contemporaines, capables d'affecter durablement la nature et les générations futures, exigent une éthique nouvelle, fondée sur ce qu'il appelle une heuristique de la peur : il s'agit d'anticiper les conséquences les plus graves avant d'agir, alors que les éthiques traditionnelles, pensées pour des actions aux effets limités, restent insuffisantes face à l'ampleur des risques actuels, qu'il s'agisse du nucléaire ou du génie génétique. Rabelais, bien avant lui, avertissait déjà que le savoir séparé de la conscience morale ne conduit qu'à la ruine de l'âme. Michel Serres, quant à lui, appelle à un contrat naturel entre l'homme et la nature, rendant les scientifiques responsables des effets de leurs recherches sur l'environnement. La science, dès lors qu'elle agit sur le monde et engage l'avenir de l'humanité, ne peut plus prétendre à une totale neutralité.
Synthèse.Il convient en réalité de distinguer deux plans. En tant que méthode de connaissance, la démarche scientifique — observation, hypothèse, expérimentation — peut demeurer neutre et se dérouler sans jugement de valeur immédiat. Mais la science, en tant que pratique humaine insérée dans la société, ne peut ignorer les finalités qu'elle poursuit ni les conséquences qu'elle engendre. L'autonomie de la recherche n'est donc pas incompatible avec la responsabilité dans l'application : c'est précisément ce que traduit aujourd'hui l'existence de comités d'éthique en bioéthique, chargés d'accompagner, sans l'entraver, le développement scientifique. La réflexion éthique n'est pas un obstacle extérieur à la science, mais la condition d'un progrès véritablement au service de l'homme.
III. Conclusion
Bilan.La science ne peut donc se passer entièrement de réflexion éthique : si sa méthode peut revendiquer une certaine neutralité, ses applications et ses conséquences appellent nécessairement un questionnement moral.
Point de vue personnel.Cette exigence me semble particulièrement actuelle pour notre pays : l'exploitation des ressources du bassin du Congo, les grands projets industriels ou l'essor du numérique ne peuvent être conduits sans une vigilance éthique quant à leurs effets sur les populations et sur l'environnement.
Ouverture.Cette exigence éthique appelant souvent un encadrement juridique et politique, on peut se demander quel rôle revient à l'État et à la loi pour orienter la science vers le bien commun.