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1ère C · Philosophie · 3 Sujets de dissertation corrigés · Programme officiel INRAP
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3 Sujets de Dissertation Corrigés

Philosophie · 1ère C · Un sujet par objectif général du programme officiel
Méthode : Introduction (accroche, problématisation, plan) — Développement (thèse, antithèse, synthèse) — Conclusion (bilan, avis personnel, ouverture)

3 sujets Corrigés intégraux Thèse / Antithèse / Synthèse Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 3 sujets

1

Sujet de Dissertation — N°1

Unité et pluralité des caractères de la philosophie

OG 1
encyclopédiquespéculatifpratique
Sujet

Peut-on réduire la philosophie à un seul de ses caractères (encyclopédique, spéculatif, pratique) ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Depuis l'Antiquité grecque, la philosophie s'est présentée sous des visages multiples : tantôt savoir universel embrassant toutes les connaissances humaines, tantôt activité contemplative tournée vers la recherche désintéressée de la vérité, tantôt sagesse pratique destinée à orienter la conduite des hommes. Cette diversité amène à s'interroger sur l'unité réelle de la démarche philosophique.
Problématisation.Si la philosophie possède effectivement un caractère encyclopédique, un caractère spéculatif et un caractère pratique, peut-on privilégier l'un de ces traits au point de la réduire à lui seul, ou bien ces trois dimensions sont-elles indissociablement liées dans tout acte véritablement philosophique ? Isoler un seul caractère ne revient-il pas à mutiler la nature même de la philosophie ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord qu'il est possible de mettre en avant tour à tour chacun de ces trois caractères comme trait dominant de la philosophie ; nous verrons ensuite que cette mise en avant exclusive rencontre des limites ; nous conclurons que ces trois caractères, loin de s'exclure, forment une unité dynamique constitutive de l'activité philosophique.

II. Développement

Thèse.De nombreux philosophes ont en effet privilégié un caractère particulier. Aristote conçoit la philosophie comme un savoir englobant, une « science des sciences » qui se ramifie en logique, physique, métaphysique et éthique : rien de ce qui existe n'échappe à son questionnement, ce qui justifie son caractère encyclopédique. Descartes, dans l'image de l'arbre de la philosophie, reprend cette ambition totalisante : les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches les sciences particulières, jusqu'à la morale. Mais on peut aussi insister sur le caractère spéculatif : pour Aristote, la contemplation (theoria) est l'activité la plus haute, recherchée pour elle-même et non pour une utilité extérieure ; Hegel, de son côté, présente la philosophie comme la pensée qui saisit son temps par la réflexion, comparée à la chouette de Minerve qui ne prend son envol qu'au crépuscule, une fois l'action achevée. Enfin, on peut privilégier le caractère pratique : Descartes lui-même affirme vouloir rendre l'homme « maître et possesseur de la nature » grâce à une philosophie utile à la vie, et Marx, dans sa critique des philosophes antérieurs, soutient qu'il ne suffit plus d'interpréter le monde mais qu'il faut le transformer. Chacun de ces exemples semble légitimer une réduction possible à un seul caractère.
Antithèse.Pourtant, réduire la philosophie à un seul de ces traits appauvrit sa portée réelle. Une philosophie purement encyclopédique, réduite à l'accumulation des savoirs, se confondrait avec une simple compilation érudite et perdrait la dimension critique et interrogative qui la distingue des sciences particulières. Une philosophie purement spéculative, coupée de toute application, risquerait de devenir une activité stérile, sans prise sur l'existence concrète des hommes, ce que critique justement Marx contre la philosophie contemplative de son temps. Quant à une philosophie réduite à sa seule fonction pratique, elle se confondrait avec une simple technique d'action ou une morale de circonstance, perdant l'exigence de vérité et de fondement rationnel qui la caractérise. Aucun de ces trois caractères pris isolément ne rend donc compte de la totalité de l'acte philosophique.
Synthèse.En réalité, ces trois caractères ne s'opposent pas : ils expriment des moments complémentaires d'une même démarche. La philosophie encyclopédique fournit la matière que la réflexion spéculative interroge et met en ordre ; cette réflexion, à son tour, débouche naturellement sur une sagesse pratique, puisque comprendre le monde et l'homme conduit inévitablement à s'interroger sur la manière d'agir et de vivre. Selon les époques et les auteurs, l'accent est mis davantage sur l'un ou l'autre aspect, mais aucun philosophe authentique ne supprime totalement les deux autres. La philosophie est donc, par nature, la synthèse mouvante de l'ambition totalisante du savoir, de l'exigence spéculative de vérité et du souci pratique de bien agir.

III. Conclusion

Bilan.On ne peut donc réduire la philosophie à un seul de ses caractères sans la dénaturer : encyclopédique, spéculative et pratique, elle articule ces trois dimensions en une même activité de pensée.
Point de vue personnel.Cette richesse me paraît précieuse : dans un contexte comme celui du Congo-Brazzaville, où l'école doit à la fois transmettre des savoirs larges, former l'esprit critique et préparer à l'action citoyenne, refuser toute réduction de la philosophie garantit qu'elle reste une discipline vivante, capable d'éclairer aussi bien la connaissance que l'engagement dans la cité.
Ouverture.Si la philosophie ne peut se réduire à un seul caractère, on peut alors se demander quel rapport précis elle entretient avec la science, elle aussi tiraillée entre ambition de savoir universel et recherche de vérité désintéressée.
2

Sujet de Dissertation — N°2

Science, neutralité et responsabilité éthique

OG 2
scienceéthiqueresponsabilité
Sujet

La science peut-elle se passer de toute réflexion éthique ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Énergie nucléaire, manipulations génétiques, intelligence artificielle : jamais la science n'a disposé d'un tel pouvoir sur la nature et sur la vie humaine. Ce pouvoir considérable interroge la place que doit occuper la réflexion morale face à l'avancée des connaissances scientifiques.
Problématisation.La science, définie comme recherche objective et neutre des faits, peut-elle légitimement se dispenser de tout jugement de valeur, ou bien son développement et ses applications exigent-ils nécessairement un questionnement éthique ? Faut-il séparer strictement le domaine du savoir et celui du bien agir, ou reconnaître entre eux un lien indissoluble ?
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que la science peut revendiquer une autonomie et une neutralité méthodologique vis-à-vis de la morale ; nous montrerons ensuite que la puissance technique issue de la science rend au contraire une réflexion éthique indispensable ; nous chercherons enfin à concilier ces deux exigences.

II. Développement

Thèse.Auguste Comte, fondateur du positivisme, soutient que la science, parvenue à l'âge positif, doit se limiter à l'observation des faits et à l'établissement de lois, selon la formule qui résume sa démarche : voir pour prévoir, afin de pouvoir. Dans cette perspective, la science n'a pas à se prononcer sur le bien ou le mal, questions qui relèvent d'un autre ordre que celui des faits vérifiables ; elle se veut neutre, universelle, affranchie des croyances théologiques et des jugements moraux hérités des stades antérieurs de l'esprit humain. La méthode scientifique, fondée sur l'expérimentation et la vérification, semble ainsi pouvoir progresser indépendamment de toute considération éthique, celle-ci n'intervenant qu'après coup, dans l'usage social qui est fait des découvertes.
Antithèse.Mais cette séparation devient périlleuse à mesure que le pouvoir technique de la science s'accroît. Hans Jonas, dans son Principe responsabilité, montre que les technologies contemporaines, capables d'affecter durablement la nature et les générations futures, exigent une éthique nouvelle, fondée sur ce qu'il appelle une heuristique de la peur : il s'agit d'anticiper les conséquences les plus graves avant d'agir, alors que les éthiques traditionnelles, pensées pour des actions aux effets limités, restent insuffisantes face à l'ampleur des risques actuels, qu'il s'agisse du nucléaire ou du génie génétique. Rabelais, bien avant lui, avertissait déjà que le savoir séparé de la conscience morale ne conduit qu'à la ruine de l'âme. Michel Serres, quant à lui, appelle à un contrat naturel entre l'homme et la nature, rendant les scientifiques responsables des effets de leurs recherches sur l'environnement. La science, dès lors qu'elle agit sur le monde et engage l'avenir de l'humanité, ne peut plus prétendre à une totale neutralité.
Synthèse.Il convient en réalité de distinguer deux plans. En tant que méthode de connaissance, la démarche scientifique — observation, hypothèse, expérimentation — peut demeurer neutre et se dérouler sans jugement de valeur immédiat. Mais la science, en tant que pratique humaine insérée dans la société, ne peut ignorer les finalités qu'elle poursuit ni les conséquences qu'elle engendre. L'autonomie de la recherche n'est donc pas incompatible avec la responsabilité dans l'application : c'est précisément ce que traduit aujourd'hui l'existence de comités d'éthique en bioéthique, chargés d'accompagner, sans l'entraver, le développement scientifique. La réflexion éthique n'est pas un obstacle extérieur à la science, mais la condition d'un progrès véritablement au service de l'homme.

III. Conclusion

Bilan.La science ne peut donc se passer entièrement de réflexion éthique : si sa méthode peut revendiquer une certaine neutralité, ses applications et ses conséquences appellent nécessairement un questionnement moral.
Point de vue personnel.Cette exigence me semble particulièrement actuelle pour notre pays : l'exploitation des ressources du bassin du Congo, les grands projets industriels ou l'essor du numérique ne peuvent être conduits sans une vigilance éthique quant à leurs effets sur les populations et sur l'environnement.
Ouverture.Cette exigence éthique appelant souvent un encadrement juridique et politique, on peut se demander quel rôle revient à l'État et à la loi pour orienter la science vers le bien commun.
3

Sujet de Dissertation — N°3

De l'état de nature à l'état civil : un progrès ?

OG 3
état de naturecontrat socialprogrès
Sujet

Le passage de l'état de nature à l'état civil est-il un progrès pour l'homme ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Imaginer les hommes avant toute loi, toute autorité et toute société organisée est une expérience de pensée classique de la philosophie politique, destinée à comprendre pourquoi et comment les hommes ont institué le pouvoir civil.
Problématisation.L'entrée dans l'état civil, c'est-à-dire dans une société organisée par des lois et un pouvoir politique, constitue-t-elle un authentique progrès pour l'homme, ou représente-t-elle au contraire une perte de sa liberté et de son égalité naturelles ? Le passage à la vie sociale et politique libère-t-il l'homme ou l'enchaîne-t-il sous une forme nouvelle ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord que ce passage peut être considéré comme un progrès nécessaire et bénéfique ; nous verrons ensuite qu'il peut au contraire être analysé comme une régression, source d'inégalité et de servitude ; nous tenterons enfin de dépasser cette opposition en précisant à quelles conditions ce passage constitue véritablement un progrès.

II. Développement

Thèse.Pour Hobbes, l'état de nature est un état de guerre de tous contre tous, où chacun, mû par l'instinct de conservation et l'égalité des forces, vit dans l'insécurité perpétuelle et où la vie humaine reste précaire. C'est pour échapper à cette insécurité que les hommes, par un calcul rationnel, acceptent de transférer leurs droits naturels à un souverain unique, le Léviathan, chargé d'imposer la paix et la sécurité communes : l'état civil apparaît alors comme un progrès décisif, puisqu'il substitue la sûreté à la peur permanente. Rousseau, dans le Contrat social, complète cette idée sur un plan différent : en s'unissant sous l'autorité de la volonté générale, chaque individu échange sa liberté naturelle, limitée à sa seule force, contre une liberté civile garantie par la loi commune, et accède ainsi à une liberté morale qui fait de lui un être véritablement raisonnable et moral, et non plus seulement gouverné par l'instinct. Le passage à l'état civil apparaît donc comme une authentique humanisation de l'homme.
Antithèse.Rousseau lui-même, dans le Discours sur l'origine de l'inégalité, nuance profondément cette vision : la société civile, telle qu'elle s'est historiquement formée, naît de l'instauration de la propriété privée, laquelle engendre la jalousie, la compétition et l'inégalité entre les hommes. Loin d'être un progrès pour tous, l'état civil ainsi né a surtout permis aux plus forts de légitimer et de perpétuer leur domination sur les plus faibles, en habillant cette domination du nom de loi. Par ailleurs, dans le modèle hobbesien lui-même, l'homme abandonne la quasi-totalité de ses droits naturels à un souverain absolu : la sécurité s'obtient au prix d'une soumission presque totale, ce qui peut être interprété comme une nouvelle forme de servitude plutôt que comme une libération.
Synthèse.Le passage à l'état civil n'est donc pas en lui-même et automatiquement un progrès : tout dépend de la légitimité de l'organisation politique instaurée. Rousseau distingue précisément un contrat légitime, fondé sur l'égalité des citoyens devant la loi et la souveraineté populaire exprimée par la volonté générale, d'un pacte frauduleux, qui ne fait que légaliser la domination des puissants sur les faibles. Le véritable progrès consiste donc à transformer la liberté naturelle en une liberté civile et morale effectivement partagée par tous, et non à substituer une contrainte à une autre sous couvert de loi. Le passage de la nature à la société politique est ainsi un progrès en puissance, dont la réalisation dépend de la justice des institutions établies.

III. Conclusion

Bilan.Le passage de l'état de nature à l'état civil constitue un progrès pour l'homme, mais un progrès conditionnel, qui dépend de la légitimité et de la justice de l'ordre politique institué, et non un progrès automatique garanti par la seule existence d'un pouvoir civil.
Point de vue personnel.Il me semble que cette exigence garde toute sa portée pour nos sociétés africaines contemporaines, où le véritable progrès politique ne se mesure pas à la seule existence d'institutions, mais à leur capacité effective à garantir l'égalité, la liberté et la participation réelle de tous les citoyens.
Ouverture.On peut alors se demander si le progrès politique, une fois atteint, est définitivement acquis, ou s'il doit être sans cesse reconquis par la vigilance et l'engagement des citoyens eux-mêmes.