Étude des métaux usuels

1. Pouvoir réducteur des métaux — échelle d'électropositivité

DÉFINITION

Un métal M réagit en cédant des électrons pour former un cation : M → M^n+ + n e⁻. Cette aptitude à céder des électrons (à s'oxyder) s'appelle le pouvoir réducteur du métal. Plus un métal cède facilement ses électrons, plus il est dit réducteur (ou électropositif), et plus il est chimiquement réactif.

PROPRIÉTÉ

Les métaux usuels peuvent être classés selon leur pouvoir réducteur décroissant, en une échelle d'électropositivité (classification électrochimique qualitative) :

K > Ca > Na > Mg > Al > Zn > Fe > Sn > Pb > (H₂) > Cu > Ag > Au

Le dihydrogène H₂ est placé dans cette échelle comme repère : un métal situé avant H₂ réagit avec les acides en libérant du dihydrogène ; un métal situé après H₂ (Cu, Ag, Au — métaux dits « nobles » ou peu réducteurs) ne réagit pas avec les acides usuels dilués.

Cette échelle permet aussi de prévoir les réactions de déplacement entre un métal et l'ion d'un métal moins réducteur : par exemple Fe + Cu²⁺ → Fe²⁺ + Cu (le fer, plus réducteur, réduit l'ion cuivre(II) et se dissout, tandis que le cuivre métallique se dépose).

2. Action des métaux sur le dioxygène

PROPRIÉTÉ

Tous les métaux usuels réagissent avec le dioxygène de l'air pour former des oxydes métalliques, selon une réaction pouvant être lente (à température ambiante, à l'air humide) ou rapide (combustion vive dans le dioxygène pur, souvent avec incandescence).

EXEMPLE

Aluminium (combustion vive comme oxydation lente donnent le même oxyde) : 4 Al + 3 O₂ → 2 Al₂O₃

Fer — oxydation lente à l'air humide (rouille, oxyde non protecteur et poreux) : 4 Fe + 3 O₂ → 2 Fe₂O₃ ; combustion vive dans le dioxygène pur (laine de fer incandescente) : 3 Fe + 2 O₂ → Fe₃O₄

Zinc : 2 Zn + O₂ → 2 ZnO

Cuivre (ternissure lente, oxyde noir) : 2 Cu + O₂ → 2 CuO

PROPRIÉTÉ — PASSIVATION

L'aluminium est thermodynamiquement très réducteur, donc très réactif ; pourtant un objet en aluminium résiste durablement à la corrosion à l'air. Ceci s'explique par la passivation : la fine couche d'oxyde Al₂O₃ formée en surface est compacte, adhérente et imperméable ; elle empêche le dioxygène d'atteindre le métal sous-jacent et bloque ainsi la poursuite de l'oxydation. Le fer, au contraire, forme un oxyde Fe₂O₃ poreux et non protecteur : la rouille se détache et laisse le métal exposé, si bien que la corrosion se poursuit en profondeur.

3. Action des métaux sur les acides

PROPRIÉTÉ

Un métal M situé avant H₂ dans l'échelle d'électropositivité réagit avec une solution acide (HCl, H₂SO₄ dilués) selon le schéma général : métal + acide → sel + dihydrogène. Les métaux situés après H₂ (Cu, Ag, Au) ne réagissent pas avec ces acides dilués.

EXEMPLE

Fe + 2 HCl → FeCl₂ + H₂

Zn + 2 HCl → ZnCl₂ + H₂

2 Al + 6 HCl → 2 AlCl₃ + 3 H₂

Cu + HCl → pas de réaction observable (dégagement gazeux nul, métal intact) : le cuivre est moins réducteur que l'hydrogène.

4. Action des métaux sur les bases — caractère amphotère de l'aluminium

DÉFINITION

Un métal (ou son oxyde) est dit amphotère lorsqu'il réagit à la fois avec les acides (comme un métal réducteur classique) et avec les bases fortes concentrées (comme le ferait un oxyde acide). L'aluminium est le métal usuel amphotère de référence.

PROPRIÉTÉ

Avec une solution concentrée d'hydroxyde de sodium, l'aluminium se dissout en formant un ion aluminate et en dégageant du dihydrogène :

2 Al + 2 NaOH + 2 H₂O → 2 NaAlO₂ + 3 H₂

Le fer, le zinc et le cuivre ne présentent pas ce comportement notable avec les bases dans les conditions usuelles du programme : ils restent inertes face à NaOH.

5. Action des métaux sur les halogènes

PROPRIÉTÉ

Les métaux usuels réagissent directement avec les halogènes (dichlore, dibrome, diiode) pour former des sels métalliques (halogénures), sans intervention de dihydrogène.

EXEMPLE

2 Fe + 3 Cl₂ → 2 FeCl₃ (chlorure de fer(III), le fer est ici oxydé à son degré le plus élevé)

2 Al + 3 Cl₂ → 2 AlCl₃

Zn + Cl₂ → ZnCl₂

Cu + Cl₂ → CuCl₂

6. Étude comparée des métaux usuels

MétalPosition (électropositivité)Avec O₂Avec acides diluésAvec NaOH conc.Avec halogènes
Aluminium AlTrès réducteurRapide en surface puis passivation (Al₂O₃ protecteur)Oui, vif : H₂ dégagéOui (amphotère) : H₂ dégagéOui, vif
Zinc ZnRéducteurLente, ZnO peu protecteurOui : H₂ dégagéNon (au programme)Oui
Fer FeMoyennement réducteurLente, Fe₂O₃ poreux non protecteur (rouille)Oui : H₂ dégagéNonOui
Cuivre CuPeu réducteur (proche des métaux nobles)Très lente, CuO en surfaceNon : aucune réactionNonOui
APPLICATION — GALVANISATION

La galvanisation consiste à recouvrir une pièce en fer (ou en acier) d'une fine couche de zinc. Le zinc, plus réducteur que le fer, s'oxyde préférentiellement : même si le revêtement est rayé et que le fer est mis à nu, c'est le zinc qui continue à se sacrifier en s'oxydant (« anode sacrificielle »), protégeant le fer par protection cathodique, jusqu'à épuisement complet de la couche de zinc.

APPLICATION — ALLIAGES ET USAGES INDUSTRIELS

Le laiton (alliage cuivre-zinc, Cu-Zn) et le bronze (alliage cuivre-étain, Cu-Sn) exploitent l'inertie chimique du cuivre pour obtenir des matériaux résistants à la corrosion, utilisés en robinetterie, quincaillerie et statuaire. La réactivité de chaque métal usuel oriente son usage industriel : l'aluminium (léger, passivé) pour la construction, l'aéronautique et l'emballage ; le fer/acier (résistant mécaniquement mais devant être protégé — peinture, galvanisation) pour le bâtiment et l'industrie lourde ; le zinc, sacrifié volontairement, pour la protection d'autres métaux et les piles ; le cuivre (très peu réactif, bon conducteur) pour le câblage électrique, la plomberie et la couverture de toitures.

🧠 À retenir

  • Échelle d'électropositivité (pouvoir réducteur décroissant) : K > Ca > Na > Mg > Al > Zn > Fe > Sn > Pb > (H₂) > Cu > Ag > Au.
  • Avec O₂ : formation d'un oxyde métallique ; l'aluminium se passive (Al₂O₃ protecteur), le fer rouille de façon non protectrice (Fe₂O₃ poreux).
  • Avec les acides dilués : métal + acide → sel + H₂, uniquement pour les métaux situés avant H₂ (Al, Zn, Fe réagissent ; Cu ne réagit pas).
  • Avec les bases concentrées : seul l'aluminium réagit notablement (caractère amphotère) : 2Al + 2NaOH + 2H₂O → 2NaAlO₂ + 3H₂.
  • Avec les halogènes : formation directe de sels métalliques (ex. 2Fe + 3Cl₂ → 2FeCl₃).
  • Applications : galvanisation (Zn protège Fe par protection cathodique/anode sacrificielle) ; laiton (Cu-Zn) ; bronze (Cu-Sn).
1

Aluminium et acide chlorhydrique

● Facile

On plonge un ruban d'aluminium de masse m = 2,7 g dans un excès d'acide chlorhydrique dilué. On donne M(Al) = 27 g/mol et le volume molaire des gaz Vm = 24 L/mol dans les conditions de l'expérience.

  1. Écrire l'équation équilibrée de la réaction.
  2. Calculer la quantité de matière n(Al) introduite.
  3. En déduire la quantité de matière puis le volume de dihydrogène dégagé.
Correction

1) 2 Al + 6 HCl → 2 AlCl₃ + 3 H₂.

2) n(Al) = m/M = 2,7/27 = 0,10 mol.

3) D'après les coefficients stœchiométriques, n(H₂) = (3/2)×n(Al) = 1,5×0,10 = 0,15 mol. Volume dégagé : V(H₂) = n(H₂)×Vm = 0,15×24 = 3,6 L.

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Zinc en présence d'acide sulfurique en quantité limitée

● Moyen

On introduit une masse m = 6,5 g de zinc en poudre (M(Zn) = 65 g/mol) dans un volume V = 100 mL d'une solution d'acide sulfurique de concentration c = 0,50 mol/L. On donne Vm = 24 L/mol.

  1. Écrire l'équation équilibrée de la réaction entre le zinc et l'acide sulfurique.
  2. Calculer les quantités de matière initiales n(Zn) et n(H₂SO₄), puis déterminer le réactif limitant.
  3. Calculer le volume de dihydrogène dégagé et la masse de zinc restant non dissous en fin de réaction.
Correction

1) Zn + H₂SO₄ → ZnSO₄ + H₂ (réaction déjà équilibrée, 1:1:1:1).

2) n(Zn) = 6,5/65 = 0,10 mol. n(H₂SO₄) = c×V = 0,50×0,100 = 0,050 mol. La stœchiométrie exige 1 mol de Zn pour 1 mol de H₂SO₄ ; il faudrait 0,10 mol d'acide pour consommer tout le zinc, mais seulement 0,050 mol est disponible : l'acide sulfurique est le réactif limitant.

3) Tout l'acide est consommé : n(H₂) = n(H₂SO₄) = 0,050 mol, donc V(H₂) = 0,050×24 = 1,2 L. Zinc consommé : n(Zn réagi) = 0,050 mol, soit m(Zn réagi) = 0,050×65 = 3,25 g. Zinc restant : m(Zn restant) = 6,5 − 3,25 = 3,25 g.

3

Combustion de l'aluminium dans le dioxygène

● Difficile

Un ruban d'aluminium de masse m = 5,4 g brûle intégralement dans un excès de dioxygène pur. On donne M(Al) = 27 g/mol, M(O) = 16 g/mol et Vm = 24 L/mol.

  1. Écrire l'équation équilibrée de la combustion.
  2. Calculer la quantité de matière d'aluminium n(Al), puis en déduire le volume de dioxygène consommé.
  3. Calculer la masse d'oxyde d'aluminium Al₂O₃ formée.
  4. Pourquoi, dans la vie courante, un objet en aluminium ne se consume-t-il pas ainsi à l'air libre malgré le caractère très réducteur de ce métal ?
Correction

1) 4 Al + 3 O₂ → 2 Al₂O₃.

2) n(Al) = 5,4/27 = 0,20 mol. n(O₂) = (3/4)×n(Al) = 0,75×0,20 = 0,15 mol, donc V(O₂) = 0,15×24 = 3,6 L.

3) n(Al₂O₃) = (2/4)×n(Al) = 0,5×0,20 = 0,10 mol. M(Al₂O₃) = 2×27 + 3×16 = 54 + 48 = 102 g/mol, donc m(Al₂O₃) = 0,10×102 = 10,2 g.

4) Dans la vie courante, l'oxydation de l'aluminium à l'air est lente (pas de flamme) et forme immédiatement une couche d'Al₂O₃ compacte et adhérente en surface (phénomène de passivation) : cette couche isole le métal du dioxygène et bloque la poursuite de la réaction, contrairement à la combustion vive et totale obtenue ici en excès de O₂ pur avec amorçage (poudre ou ruban finement divisé, forte chaleur).

4

Identification d'un métal usuel par dosage du dihydrogène

● Difficile

Un métal usuel M, de valence 2 (il forme des ions M²⁺), se présente sous forme d'un échantillon de masse m = 5,6 g. On le plonge dans un excès d'acide chlorhydrique dilué et l'on recueille un volume V(H₂) = 2,4 L de dihydrogène, avec Vm = 24 L/mol.

  1. Écrire l'équation générale de la réaction entre le métal M et l'acide chlorhydrique.
  2. Calculer la quantité de matière de dihydrogène dégagé, puis celle du métal M ayant réagi.
  3. En déduire la masse molaire de M et identifier ce métal usuel.
  4. Le cuivre aurait-il pu donner le même résultat expérimental ? Justifier à l'aide de l'échelle d'électropositivité.
Correction

1) M + 2 HCl → MCl₂ + H₂.

2) n(H₂) = V/Vm = 2,4/24 = 0,10 mol. D'après l'équation (rapport 1:1), n(M) = n(H₂) = 0,10 mol.

3) M(M) = m/n = 5,6/0,10 = 56 g/mol. Cette masse molaire correspond au fer (Fe), de masse molaire atomique 56 g/mol, formant l'ion Fe²⁺.

4) Non : le cuivre est situé après H₂ dans l'échelle d'électropositivité (K > ... > Fe > ... > H₂ > Cu), donc il est moins réducteur que l'hydrogène et ne réagit pas avec l'acide chlorhydrique dilué : aucun dégagement de dihydrogène ne serait observé.

Problème de synthèse

● Niveau Bac

Une pièce métallique est constituée d'une tôle d'acier (fer) galvanisée (recouverte de zinc) fixée par des rivets en aluminium ; le câblage associé est en cuivre. On donne : M(Zn) = 65 g/mol, M(Al) = 27 g/mol, M(Fe) = 56 g/mol, M(O) = 16 g/mol, Vm = 24 L/mol.

  1. La couche de zinc de la tôle, de masse m₁ = 6,5 g, est accidentellement rayée puis mise en contact avec un excès d'acide sulfurique dilué (simulation d'une attaque acide). Écrire l'équation de la réaction et calculer le volume V₁ de dihydrogène dégagé.
  2. Expliquer, à l'aide de l'échelle d'électropositivité, pourquoi c'est le zinc qui réagit préférentiellement à cet endroit rayé plutôt que le fer sous-jacent, et pourquoi ce phénomène protège la tôle d'acier (on parle de « protection cathodique »).
  3. On suppose que toute la couche de zinc a fini par être consommée après plusieurs mois : le fer, désormais exposé à l'air humide, commence à rouiller. Écrire l'équation de cette oxydation lente du fer, puis calculer la masse de rouille (Fe₂O₃) formée à partir d'une masse m₂ = 11,2 g de fer entièrement oxydé.
  4. Les rivets en aluminium, de masse totale m₃ = 2,7 g, sont nettoyés avec une solution concentrée d'hydroxyde de sodium. Écrire l'équation traduisant le caractère amphotère de l'aluminium dans ces conditions, et calculer le volume V₂ de dihydrogène alors dégagé.
  5. Calculer le volume total de dihydrogène dégagé en cumulant les questions 1 et 4.
  6. Le câblage en cuivre, exposé au même acide sulfurique dilué qu'en question 1, ne montre aucun dégagement gazeux. Justifier cette observation et classer les quatre métaux de l'objet (Al, Zn, Fe, Cu) par pouvoir réducteur décroissant à partir des observations de ce problème.
Correction du problème de synthèse
  1. Zn + H₂SO₄ → ZnSO₄ + H₂. n(Zn) = 6,5/65 = 0,10 mol, donc (rapport 1:1) n(H₂) = 0,10 mol et V₁ = 0,10×24 = 2,4 L.
  2. Dans l'échelle d'électropositivité, Zn est placé avant Fe (Zn plus réducteur que Fe) : le zinc cède donc ses électrons plus facilement et s'oxyde préférentiellement, jouant le rôle d'« anode sacrificielle ». Le fer, moins réducteur, est ainsi préservé de l'oxydation tant qu'il reste du zinc à consommer : c'est le principe de la protection cathodique, efficace même si le revêtement est localement rayé.
  3. 4 Fe + 3 O₂ → 2 Fe₂O₃. n(Fe) = 11,2/56 = 0,20 mol. n(Fe₂O₃) = (2/4)×n(Fe) = 0,5×0,20 = 0,10 mol. M(Fe₂O₃) = 2×56 + 3×16 = 112 + 48 = 160 g/mol, donc m(Fe₂O₃) = 0,10×160 = 16 g.
  4. 2 Al + 2 NaOH + 2 H₂O → 2 NaAlO₂ + 3 H₂. n(Al) = 2,7/27 = 0,10 mol, donc n(H₂) = (3/2)×0,10 = 0,15 mol et V₂ = 0,15×24 = 3,6 L.
  5. V_total = V₁ + V₂ = 2,4 + 3,6 = 6,0 L.
  6. Le cuivre est situé après H₂ dans l'échelle d'électropositivité : il est moins réducteur que l'hydrogène et ne cède pas ses électrons à l'acide sulfurique dilué, d'où l'absence de réaction observable. Sur la base des réactions observées (Al réagit avec l'acide ET la base, Zn et Fe réagissent seulement avec l'acide mais Zn protège Fe donc Zn est plus réducteur que Fe, Cu ne réagit avec rien), le classement par pouvoir réducteur décroissant est : Al > Zn > Fe > Cu, conforme à l'échelle générale du cours.

QCM

10 questions · Correction immédiate

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0/10Répondues
Q1/10

Dans l'échelle d'électropositivité des métaux usuels, quel est l'ordre correct de pouvoir réducteur décroissant ?

Q2/10

L'aluminium résiste bien à la corrosion à l'air malgré son fort pouvoir réducteur car :

Q3/10

Quelle est l'équation correctement équilibrée de la combustion de l'aluminium dans le dioxygène ?

Q4/10

Parmi les métaux Fe, Zn, Al et Cu, lequel ne réagit PAS avec l'acide chlorhydrique dilué ?

Q5/10

Le caractère amphotère de l'aluminium se manifeste par le fait qu'il réagit :

Q6/10

Quelle équation traduit correctement la réaction de l'aluminium avec la soude concentrée ?

Q7/10

Dans la galvanisation, le zinc protège le fer contre la corrosion parce que :

Q8/10

Le laiton est un alliage composé essentiellement de :

Q9/10

Le bronze est un alliage composé essentiellement de :

Q10/10

Quelle équation équilibrée traduit correctement la réaction du fer avec le dichlore ?