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Terminale A · Philosophie · 7 Sujets de dissertation corrigés · Programme officiel INRAP 2014
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7 Sujets de Dissertation Corrigés

Philosophie · Terminale A · Un sujet par objectif général du programme officiel
Méthode : Introduction (accroche, problématisation, plan) — Développement (thèse, antithèse, synthèse) — Conclusion (bilan, avis personnel, ouverture)

7 sujets Corrigés intégraux Thèse / Antithèse / Synthèse Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 7 sujets

1

Sujet de Dissertation — N°1

Philosophie africaine, ethnophilosophie et universalité de la raison

OG 1
EthnophilosophieUniversalitéRationalité
Sujet

La philosophie est-elle une invention exclusivement occidentale ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Dans ses Leçons sur la philosophie de l'histoire, Hegel affirme que l'Afrique serait restée en dehors de l'Histoire et n'aurait, par conséquent, jamais produit de véritable pensée philosophique. Cette affirmation, aujourd'hui vivement contestée, a suscité chez de nombreux penseurs africains une réflexion approfondie sur l'origine et la nature même de la philosophie.
Problématisation.Faut-il considérer la philosophie comme une invention historique et culturelle propre à la Grèce antique puis à l'Europe, ou bien comme une activité rationnelle universelle que tout peuple, y compris les sociétés africaines, a pu développer selon ses propres formes ? Le problème est de savoir si la philosophie se définit par son lieu de naissance ou par la nature critique et rationnelle de la démarche qu'elle suppose.
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que la philosophie est historiquement née en Grèce et s'est ensuite développée comme tradition proprement occidentale ; nous montrerons ensuite que des traditions de pensée africaines revendiquent également une véritable réflexion philosophique ; nous chercherons enfin, avec les critiques de l'ethnophilosophie, à dépasser cette opposition.

II. Développement

Thèse.Il est incontestable que le mot et la discipline « philosophie » naissent en Grèce, au VIe siècle avant notre ère, avec des penseurs comme Parménide et Héraclite, qui rompent avec les explications mythologiques du monde pour leur substituer un discours rationnel argumenté, le logos. Cette tradition sera systématisée par Socrate, puis reprise et approfondie par des auteurs comme Descartes ou Kant, qui en font une discipline rigoureuse fondée sur la méthode, l'écrit et la critique conceptuelle. Dans cette perspective, Hegel peut soutenir que la philosophie suppose des conditions historiques précises — l'État constitué, l'écriture, la conscience de soi d'un peuple dans l'Histoire — conditions qu'il estime propres à l'Occident et absentes du continent africain à l'époque où il écrit. La philosophie serait donc, dans son acte de naissance même, une invention occidentale.
Antithèse.Cette thèse a cependant été fortement contestée par des penseurs africains qui refusent d'identifier la philosophie à sa seule forme grecque. Le père Placide Tempels, dans son ouvrage sur la philosophie bantoue, soutient que les peuples bantous possèdent une véritable ontologie implicite, organisée autour de la notion de force vitale, qui éclaire leur rapport à l'être, à la communauté et au sacré. Alexis Kagamé va plus loin en montrant, à partir des catégories de la langue kinyarwanda, que la pensée rwandaise traditionnelle possède une structure catégorielle comparable à celle qu'Aristote propose dans son propre système. Si l'on définit la philosophie de façon large, comme toute réflexion rationnelle sur l'être, le monde et l'existence humaine, alors les sagesses, mythes et proverbes africains constituent bien une forme de philosophie, ce qui contredit l'idée d'une origine exclusivement occidentale.
Synthèse.Cette « ethnophilosophie » a toutefois été elle-même critiquée par des philosophes africains comme Marcien Towa et Paulin Hountondji. Pour Hountondji, décrire une vision collective et anonyme du monde, transmise par la tradition, ne suffit pas à constituer une philosophie au sens rigoureux : la philosophie exige un discours critique, individuel, argumenté, où des auteurs identifiables discutent et confrontent des thèses, et non une simple collecte ethnologique de croyances communes prise à tort pour de la pensée. Eboussi Boulaga insiste quant à lui sur la nécessité d'une philosophie de la crise, qui interroge par la raison la situation présente de l'Afrique plutôt que de se contenter de décrire les sagesses ancestrales. On peut alors dépasser l'opposition initiale : la philosophie n'est ni la propriété exclusive d'un continent ni un simple synonyme de toute pensée traditionnelle ; elle est une exigence rationnelle et critique que la Grèce a historiquement inaugurée sous une forme particulière, mais que l'Afrique contemporaine peut et doit développer sous une forme rigoureuse qui lui soit propre, sans avoir à prouver une équivalence ancestrale avec la philosophie grecque.

III. Conclusion

Bilan.Nous sommes partis de l'idée que la philosophie serait née en Grèce et resterait ainsi une invention occidentale ; nous avons vu que des traditions de pensée africaines revendiquaient elles aussi une véritable réflexion philosophique ; nous avons enfin montré, avec Towa et Hountondji, que la véritable question n'est pas géographique mais méthodologique.
Point de vue personnel.Il me semble que si la Grèce a historiquement nommé et systématisé la philosophie comme discipline, l'exigence de questionner rationnellement l'être et l'existence n'appartient à aucun peuple en particulier ; en revanche, la philosophie africaine contemporaine gagne davantage à s'affirmer comme discours critique rigoureux qu'à se replier sur la seule description des sagesses traditionnelles.
Ouverture.Cette exigence invite à s'interroger : les programmes scolaires et universitaires africains, encore largement construits sur le canon occidental, ne devraient-ils pas accorder une place plus importante aux traditions philosophiques africaines, arabo-islamiques, chinoises ou indiennes, afin de refléter la véritable pluralité de la raison humaine ?
2

Sujet de Dissertation — N°2

Conscience, inconscient et la quête de soi

OG 2
ConscienceInconscientAutrui
Sujet

Se connaître soi-même est-il donné à la conscience, ou faut-il le conquérir ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Sur le fronton du temple de Delphes était gravée la maxime « connais-toi toi-même », que Socrate fera sienne pour en faire le point de départ de toute sagesse. Chacun croit pourtant se connaître spontanément, par le simple sentiment intérieur d'exister et de penser.
Problématisation.La connaissance de soi est-elle une évidence immédiate offerte par la conscience elle-même, comme le suggère le sentiment intime d'être soi, ou bien est-elle au contraire une tâche difficile, un travail patient de découverte que le sujet doit conquérir contre les illusions de l'introspection et à travers son rapport à l'inconscient et à autrui ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord que la conscience semble donner un accès immédiat et certain à soi-même ; nous verrons ensuite que l'inconscient et la médiation d'autrui rendent cette transparence illusoire ; nous proposerons enfin de comprendre la connaissance de soi comme une conquête progressive et jamais achevée.

II. Développement

Thèse.Descartes, dans le cogito, établit que la première certitude accessible à l'esprit est celle de sa propre existence en tant qu'il pense : « je pense donc je suis ». Pour lui, la conscience est par nature transparente à elle-même : penser une chose, c'est aussitôt savoir que l'on pense et que l'on existe en tant que sujet pensant. Chacun disposerait ainsi d'un accès privilégié et immédiat à ses propres états mentaux, que nul autre ne pourrait partager de l'extérieur. Dans cette perspective, se connaître soi-même ne serait pas une conquête difficile, mais une donnée immédiate de la conscience réfléchissante, disponible à quiconque prend simplement la peine de s'interroger intérieurement.
Antithèse.Cette transparence supposée du sujet à lui-même est pourtant remise en cause par la découverte freudienne de l'inconscient. Freud montre que la vie psychique est traversée de désirs refoulés, de conflits et de représentations qui échappent à la conscience mais continuent d'agir sur nos actes, nos rêves et nos lapsus : le moi n'est pas maître dans sa propre maison. L'introspection spontanée se révèle alors trompeuse, car elle ne perçoit que la surface d'un psychisme dont les ressorts profonds lui demeurent cachés. Par ailleurs, Hegel montre, dans sa dialectique de la conscience de soi, que je ne deviens véritablement conscient de moi-même qu'à travers l'épreuve de la reconnaissance par une autre conscience : c'est le regard et la lutte avec autrui qui me révèlent à moi-même, non la seule introspection solitaire. Se connaître soi-même suppose donc de sortir de soi, d'affronter ce qui en moi résiste à la conscience immédiate.
Synthèse.Il faut alors comprendre la connaissance de soi non comme un donné instantané ni comme une chose définitivement impossible, mais comme une tâche à conquérir progressivement. Kant insiste sur l'exigence d'un examen constant de soi-même comme condition de l'autonomie morale : se connaître exige un travail réflexif volontaire et répété. Ce travail passe par des médiations diverses : le dialogue et la maïeutique socratique, qui aident l'interlocuteur à faire naître en lui une vérité qu'il ignorait porter ; la cure psychanalytique, qui permet de mettre au jour des contenus inconscients par un patient travail d'interprétation ; et l'épreuve d'autrui, dont le regard, parfois inconfortable, agit comme un miroir révélateur de ce que je suis objectivement pour le monde. La connaissance de soi apparaît ainsi comme un chemin, jamais totalement achevé, où la conscience immédiate n'est qu'un premier point de départ fragile.

III. Conclusion

Bilan.Nous sommes partis de la certitude cartésienne d'un accès immédiat de la conscience à elle-même ; nous avons vu que l'inconscient et la médiation d'autrui remettaient en cause cette transparence ; nous avons enfin compris la connaissance de soi comme une conquête progressive et inachevée.
Point de vue personnel.Il me semble que la conscience ne donne au sujet qu'une certitude première et minimale, celle d'exister ; la connaissance réelle, profonde et sincère de soi-même exige au contraire un effort constant de réflexion, une écoute de ce qui échappe à la conscience immédiate, et une ouverture au jugement d'autrui.
Ouverture.On peut alors se demander si une connaissance totale et achevée de soi-même est seulement possible, ou si, comme le suggère l'idéal de sagesse d'Épicure fondé sur la maîtrise rationnelle de ses désirs, la véritable sagesse ne consiste pas plutôt à accepter les limites de la transparence à soi pour atteindre la sérénité de l'âme.
3

Sujet de Dissertation — N°3

Rationalisme, empirisme et les sources de la connaissance

OG 3
EmpirismeRationalismeVérité
Sujet

Toute connaissance procède-t-elle de l'expérience ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Un enfant qui approche sa main d'une flamme apprend, par une seule expérience douloureuse, que le feu brûle : il semble ainsi que nos connaissances les plus élémentaires naissent du contact sensible avec le monde. Pourtant, une vérité comme « deux et deux font quatre » paraît s'imposer à l'esprit sans qu'aucune expérience particulière n'ait été nécessaire pour l'établir.
Problématisation.Faut-il alors admettre que toute connaissance, sans exception, tire son origine et sa validité de l'expérience sensible, ou existe-t-il des vérités et des structures de la connaissance que l'esprit possède indépendamment de, voire antérieurement à, toute expérience ?
Annonce du plan.Nous exposerons d'abord la thèse empiriste selon laquelle toute idée dérive de l'expérience sensible ; nous verrons ensuite la thèse rationaliste qui affirme l'existence de vérités et de structures indépendantes de l'expérience ; nous proposerons enfin, avec Kant, une synthèse qui articule les deux sources de la connaissance.

II. Développement

Thèse.Pour la tradition empiriste, toute connaissance humaine prend sa source dans la sensation. Hobbes affirme ainsi que l'entendement ne dispose d'aucune idée qu'il n'ait d'abord reçue, en totalité ou en partie, par les organes des sens ; la mémoire et l'imagination ne sont que des restes de perceptions passées, et les notions les plus abstraites se construisent par combinaison et généralisation à partir d'expériences particulières. Sans perception sensorielle, l'esprit ne serait qu'une table rase, incapable de produire par lui-même le moindre contenu de pensée. Cette exigence sera reprise plus tard par Auguste Comte, dont le positivisme n'admet comme connaissance valide que ce qui peut être observé, vérifié et soumis à l'expérience, rejetant toute spéculation métaphysique qui prétendrait s'en affranchir. Toute connaissance procéderait donc de l'expérience, qui en constitue à la fois l'origine et le critère de vérité.
Antithèse.Descartes conteste pourtant cette confiance absolue dans les sens. Par le doute méthodique, il montre que les sens nous trompent parfois — illusions, rêves, erreurs de perception — et ne peuvent donc fonder une connaissance certaine. Certaines vérités, comme l'existence du sujet pensant ou les vérités mathématiques et géométriques, sont saisies par la seule raison, indépendamment de toute expérience sensible, par une intuition claire et distincte de l'esprit : ce sont des idées innées, déjà présentes en l'esprit humain. Kant approfondit cette distinction en opposant les connaissances a posteriori, tirées de l'expérience, aux connaissances a priori, indépendantes de toute expérience particulière. Il montre que l'espace, le temps et les catégories de l'entendement comme la causalité ne sont pas puisés dans l'expérience mais constituent des formes que l'esprit impose lui-même aux données sensibles ; sans ces structures a priori, la multiplicité sensible resterait un chaos incapable de former une connaissance objective.
Synthèse.Kant propose précisément de dépasser cette opposition en affirmant que toute connaissance commence avec l'expérience sans pour autant en dériver entièrement. L'expérience fournit la matière, c'est-à-dire les sensations, tandis que l'entendement fournit les formes a priori qui organisent cette matière en une connaissance cohérente et objective : c'est ce qu'il appelle sa révolution copernicienne. Ni l'empirisme pur, qui réduit l'esprit à un simple réceptacle passif, ni le rationalisme pur, qui négligerait l'apport indispensable du réel sensible, ne suffisent donc à rendre compte de la connaissance humaine : des concepts sans expérience sont vides, une expérience sans concepts est aveugle. Cette articulation se retrouve dans la méthode scientifique elle-même, déjà esquissée par la démarche inductive et déductive d'Aristote, qui unit observation des faits et construction rationnelle de la théorie.

III. Conclusion

Bilan.Nous sommes partis de la thèse empiriste selon laquelle toute connaissance procède de l'expérience ; nous avons vu la thèse rationaliste affirmant l'existence de vérités et de structures a priori indépendantes de l'expérience ; nous avons enfin proposé, avec Kant, une articulation des deux sources de la connaissance.
Point de vue personnel.Il me semble que si l'expérience demeure la matière première indispensable de toute connaissance concrète du monde, elle ne saurait à elle seule expliquer les structures logiques, mathématiques et rationnelles qui rendent cette expérience elle-même intelligible ; la connaissance est donc le produit conjoint de la sensibilité et de la raison, non de l'une sans l'autre.
Ouverture.Cette articulation invite à s'interroger sur les savoirs traditionnels africains, fondés sur l'observation empirique patiente du vivant, des plantes ou des saisons : ne préfigurent-ils pas, à leur manière, cette même alliance entre expérience concrète et systématisation rationnelle qui caractérise toute démarche scientifique authentique ?
4

Sujet de Dissertation — N°4

Le travail entre libération et aliénation

OG 4
travailaliénationliberté
Sujet

Le travail libère-t-il l'homme, ou l'asservit-il ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Dans nos sociétés, le travail occupe une place centrale : il rythme les journées, détermine le statut social et conditionne l'accès aux biens de subsistance. Pourtant, le mot lui-même vient du latin tripalium, un instrument de torture, ce qui suggère que travailler serait originellement souffrir et se soumettre. Faut-il alors voir dans le travail une simple contrainte, ou peut-il être aussi le lieu où l'homme se réalise et devient véritablement lui-même ?
Problématisation.Le problème est le suivant : le travail est à la fois ce par quoi l'homme transforme la nature pour satisfaire ses besoins et ce par quoi il se transforme lui-même, mais il est aussi souvent vécu comme une contrainte extérieure, imposée, pénible, qui dépossède l'individu de son temps, de son corps et parfois du sens de son activité. Le travail est-il donc l'instrument de l'émancipation humaine ou celui de sa servitude ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord que le travail, tel qu'il est organisé dans de nombreuses sociétés, asservit l'homme ; nous verrons ensuite qu'il peut au contraire être la condition même de sa liberté et de son humanité ; nous chercherons enfin à dépasser cette opposition en distinguant le travail aliéné du travail comme œuvre libre.

II. Développement

Thèse.On peut d'abord soutenir que le travail asservit l'homme plutôt qu'il ne le libère. C'est la thèse défendue par Karl Marx lorsqu'il analyse le travail dans le système capitaliste industriel. Selon lui, l'ouvrier ne travaille pas pour lui-même : il vend sa force de travail à un employeur qui s'approprie le produit de son effort ainsi que la plus-value qu'il engendre. Le travailleur devient étranger au produit de son travail, étranger à l'acte même de travailler puisqu'il ne fait qu'exécuter des gestes répétitifs et parcellisés, et finalement étranger à lui-même et aux autres hommes : c'est ce que Marx nomme l'aliénation. Le travail, loin d'être une activité par laquelle l'homme s'accomplit, devient un simple moyen de survie, épuisant et dépourvu de sens. Cette analyse trouve un écho chez Lénine, pour qui l'organisation du travail dans la société de classes reste un instrument de domination économique et politique tant que les rapports de production n'ont pas été transformés. Le travail, dans ces conditions, n'est pas choisi mais subi : il enchaîne l'homme à une nécessité extérieure et le réduit à une fonction dans un système qui le dépasse.
Antithèse.Mais on peut, à l'inverse, soutenir que le travail est précisément ce qui libère l'homme et le distingue de l'animal. C'est la thèse de Hegel dans sa célèbre dialectique du maître et de l'esclave : contrairement au maître qui jouit immédiatement des choses sans les transformer, l'esclave, en travaillant la matière, apprend à dominer la nature, à différer son désir, à se discipliner ; par ce travail patient, il développe une conscience de soi plus riche et finit par acquérir une forme d'indépendance intérieure que le maître, lui, ne possède pas. Le travail est donc médiation : il permet à l'homme de s'objectiver dans le monde, de laisser une trace durable de son intelligence et de sa volonté, là où l'animal se contente de consommer immédiatement son environnement. Dans cette perspective, le travail n'est pas seulement contrainte mais aussi élévation : il forme l'homme, développe ses capacités techniques, intellectuelles et sociales, et lui donne une dignité, une utilité reconnue par la communauté. C'est aussi en ce sens que la tradition philosophique africaine portée par Senghor valorise le travail comme participation à l'œuvre collective de la civilisation, source de fierté et de lien social.
Synthèse.En réalité, ces deux positions ne sont pas nécessairement contradictoires si l'on distingue le travail comme tel de l'organisation sociale et économique qui l'encadre. Ce n'est pas le travail en lui-même qui asservit, mais bien les conditions concrètes dans lesquelles il s'exerce : sa parcellisation extrême, l'absence de maîtrise de l'ouvrier sur son activité, la privation du sens et du fruit de son effort. Sartre rappellerait ici que même dans une situation contraignante, l'homme conserve une marge de liberté dans la manière dont il assume sa situation et dont il lui donne un sens. Un travail juste serait donc celui qui rétablit le lien entre l'effort et son sens, qui laisse à l'homme la maîtrise de son activité et une part de création : l'artisan, l'artiste, ou même l'ouvrier associé aux décisions de son entreprise vivent le travail bien différemment de celui qui en est totalement dépossédé. Le travail libère quand il est reconnu, choisi et porteur de sens ; il asservit quand il est imposé, vidé de signification et confisqué par autrui.

III. Conclusion

Bilan.Nous sommes partis du constat que le travail peut apparaître comme une contrainte pénible et aliénante, avant de découvrir, avec Hegel, qu'il est aussi la voie par laquelle l'homme se forme et s'élève au-dessus de la nature ; nous avons enfin montré que ce n'est pas le travail en soi mais son organisation sociale qui décide de son caractère libérateur ou asservissant.
Point de vue personnel.Il me semble que le travail n'est ni bon ni mauvais en lui-même : il révèle et amplifie la justice ou l'injustice de la société qui l'organise. C'est pourquoi la question du sens et de la reconnaissance du travail me paraît aussi importante que celle de sa seule rémunération.
Ouverture.Dès lors, on peut se demander si les nouvelles formes de travail, notamment automatisées ou numériques, offriront à l'homme davantage d'autonomie créatrice, ou si elles risquent au contraire de renouveler, sous une forme inédite, l'aliénation dénoncée par Marx.
5

Sujet de Dissertation — N°5

L'histoire entre providence, progrès et contingence

OG 5
histoiresensprogrès
Sujet

Peut-on dire que l'histoire a un sens ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Guerres, révolutions, indépendances, crises économiques : lorsqu'on observe la succession des événements humains, on est tenté d'y chercher un fil conducteur, une direction, comme si l'humanité avançait vers un but. Mais cette même histoire n'apparaît-elle pas aussi, à d'autres moments, comme une suite chaotique de hasards, de violences et de retours en arrière, sans logique d'ensemble ?
Problématisation.Le mot « sens » est ici ambigu : il peut désigner soit une signification (l'histoire raconterait quelque chose d'intelligible), soit une direction (l'histoire progresserait vers un terme, un accomplissement). Le problème est donc de savoir si les événements humains, dans leur diversité et leur violence, obéissent à une orientation ou une rationalité qui les dépasse, ou si ce sens n'est qu'une illusion que l'esprit humain projette après coup sur des faits qui, en réalité, ne mènent nulle part.
Annonce du plan.Nous verrons d'abord les raisons de croire que l'histoire a un sens, orienté vers un accomplissement ; nous examinerons ensuite les objections qui remettent en cause cette idée d'un progrès nécessaire ; nous proposerons enfin une position plus nuancée sur le sens de l'histoire.

II. Développement

Thèse.On peut d'abord affirmer que l'histoire a un sens, c'est-à-dire qu'elle progresse selon un ordre intelligible. Bossuet, dans son Discours sur l'histoire universelle, y voit la manifestation de la Providence divine : rien n'arrive par hasard, tous les événements, même les plus tragiques, s'inscrivent dans un plan que Dieu conduit vers une fin qui dépasse la compréhension immédiate des hommes. Plus tard, dans une perspective rationnelle et non plus religieuse, Hegel soutient que l'histoire est le déploiement progressif de la Raison, ou de l'Esprit, qui se réalise à travers les conflits, les guerres et les révolutions par une « ruse » qui utilise les passions humaines pour parvenir, in fine, à davantage de liberté et de conscience de soi pour l'humanité. Marx, en héritier critique de Hegel, propose lui aussi une lecture orientée de l'histoire : celle-ci progresserait, à travers la succession des modes de production et la lutte des classes, vers une société sans exploitation. Dans ces trois perspectives, malgré leurs différences, l'histoire n'est pas un chaos : elle a une direction et un sens.
Antithèse.Mais on peut objecter que cette idée d'un sens de l'histoire relève d'une croyance a posteriori, projetée sur des faits qui, en eux-mêmes, n'ont aucune nécessité. Nietzsche critique vivement toute philosophie de l'histoire qui prétendrait découvrir un progrès moral ou rationnel nécessaire : pour lui, l'histoire humaine ne connaît ni direction ni finalité garantie, seulement des rapports de forces qui se succèdent sans qu'aucun sens supérieur ne les gouverne ; croire au progrès serait une consolation, une manière de se rassurer face à l'absurdité apparente des événements. Dans une perspective existentialiste, on pourrait ajouter que l'histoire est faite de la somme des projets et des choix libres des individus, imprévisibles et parfois contradictoires, ce qui rend absurde l'idée d'un plan d'ensemble préétabli. Les catastrophes du XXe siècle, les retours de la barbarie après des périodes de civilisation apparente, semblent démentir l'idée d'un progrès continu et nécessaire de l'humanité vers le meilleur.
Synthèse.Il semble alors nécessaire de distinguer le sens comme direction nécessaire, qui paraît difficile à établir rationnellement, du sens comme signification que les hommes donnent après coup à leur histoire commune. L'histoire n'a peut-être pas de sens en elle-même, indépendamment de nous ; mais les hommes, en tant qu'êtres capables de mémoire et de projet, ne cessent d'interpréter leur passé pour orienter leur avenir. Habermas, dans sa réflexion sur la rationalité communicationnelle, montre ainsi que le progrès n'est pas garanti mécaniquement mais qu'il reste possible comme tâche : à travers le dialogue et l'amélioration des institutions, les sociétés peuvent avancer vers plus de justice, sans que cela soit assuré d'avance. De même, Senghor, en plaidant pour une « civilisation de l'universel » où chaque culture apporte sa pierre à l'édifice commun, propose un sens de l'histoire qui n'est ni imposé par une nécessité divine ou dialectique, ni pure absurdité, mais un horizon à construire collectivement.

III. Conclusion

Bilan.Nous avons vu que l'on pouvait défendre l'idée d'un sens providentiel ou rationnel de l'histoire avec Bossuet, Hegel ou Marx, avant de rencontrer les objections de Nietzsche et de la pensée existentialiste qui dénoncent l'illusion d'un progrès nécessaire ; nous avons enfin proposé de distinguer le sens comme nécessité du sens comme tâche à construire.
Point de vue personnel.Je pense que l'histoire n'a pas de sens donné d'avance, mais qu'elle acquiert un sens par l'action et l'interprétation des hommes ; c'est en ce sens que nous portons une responsabilité collective dans l'orientation que prend notre avenir commun.
Ouverture.Cela invite à se demander si les défis actuels, notamment écologiques, ne nous obligent pas à repenser complètement l'idée de progrès historique hérité du XIXe siècle.
6

Sujet de Dissertation — N°6

Obéissance civile et liberté politique

OG 6
Étatobéissanceliberté
Sujet

Obéir à l'État, est-ce renoncer à sa liberté ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Payer ses impôts, respecter le code de la route, se soumettre aux décisions de justice : la vie en société suppose une obéissance constante aux lois et aux institutions de l'État. Or la liberté est souvent définie comme la possibilité de faire ce que l'on veut, sans contrainte extérieure. L'obéissance à l'État semble donc, à première vue, contredire directement l'idée même de liberté.
Problématisation.Le problème est de savoir si l'obéissance politique, qui suppose de se soumettre à des lois et à une autorité que l'on n'a pas toujours personnellement choisies dans chacun de leurs détails, revient nécessairement à perdre sa liberté, ou si elle peut au contraire être la condition même d'une liberté effective, garantie et protégée au sein de la vie collective.
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que l'obéissance à l'État peut apparaître comme un renoncement à la liberté naturelle de l'individu ; nous montrerons ensuite qu'elle peut au contraire être la condition de la liberté civile ; nous chercherons enfin à préciser sous quelles conditions l'obéissance politique reste compatible avec la liberté.

II. Développement

Thèse.On peut d'abord soutenir qu'obéir à l'État revient à renoncer à sa liberté. Hobbes, dans le Léviathan, décrit l'état de nature comme un état où chaque homme dispose d'un droit illimité sur toute chose, une liberté totale mais rendue invivable par la guerre de tous contre tous. Pour sortir de cette insécurité, les hommes concluent un contrat par lequel ils transfèrent la totalité de leurs droits à un souverain absolu, le Léviathan, qui seul décide désormais des lois. Dans cette perspective, la liberté naturelle est purement et simplement sacrifiée au profit de la sécurité : l'individu n'a plus le droit de résister, il doit une obéissance quasi inconditionnelle. De même, on peut observer historiquement que certains États, notamment despotiques ou totalitaires, exigent une obéissance qui étouffe toute initiative individuelle, contrôlent la pensée et répriment la moindre contestation : l'obéissance devient alors soumission pure, et la liberté disparaît effectivement sous le poids de l'autorité.
Antithèse.Mais on peut, à l'inverse, soutenir qu'obéir à l'État ne supprime pas la liberté mais la réalise sous une forme supérieure, la liberté civile. Rousseau, dans le Contrat social, explique que l'homme, en entrant en société, perd sa liberté naturelle illimitée mais gagne la liberté civile et la propriété de ce qu'il possède, protégées par la loi ; surtout, en obéissant à la loi qu'il a lui-même contribué à établir en tant que membre du souverain, à travers la volonté générale, il n'obéit en réalité qu'à lui-même, ce qui constitue pour Rousseau la véritable liberté, l'autonomie. Kant prolonge cette idée en montrant que la liberté n'est pas l'absence de toute règle mais la capacité de se donner à soi-même sa propre loi : un État de droit, en garantissant l'égalité devant la loi, protège la liberté de chacun contre l'arbitraire d'autrui. Montesquieu ajoute que c'est précisément la séparation des pouvoirs qui permet d'éviter le despotisme et de garantir que l'obéissance aux lois ne se transforme jamais en soumission à la volonté arbitraire d'un seul homme. Dans ces perspectives, obéir à un État juste, c'est se protéger soi-même et protéger la liberté de tous.
Synthèse.Il apparaît alors que tout dépend de la nature de l'État auquel on obéit et de la légitimité de son pouvoir. Hegel affirme que l'État rationnel est précisément le lieu où la liberté individuelle se réalise concrètement, en s'articulant à des institutions, une famille, une société civile, un droit ; l'obéissance à un tel État n'est donc pas un renoncement mais un accomplissement de la liberté. En revanche, Lénine rappelle qu'un État qui reste au service d'une classe dominante peut user de l'appareil législatif pour maintenir sa domination sous une apparence de légalité : l'obéissance devient alors un instrument d'aliénation politique déguisée en devoir civique. La véritable question n'est donc pas « faut-il obéir à l'État » mais « à quelles conditions l'obéissance politique reste-t-elle compatible avec la liberté » : cela suppose des lois légitimes, issues d'un processus démocratique, contrôlées par une séparation des pouvoirs, et laissant place à la possibilité critique et au droit de contester dans le cadre légal.

III. Conclusion

Bilan.Nous avons vu que l'obéissance à l'État pouvait apparaître, avec Hobbes, comme un renoncement à la liberté naturelle, avant de découvrir, avec Rousseau, Kant et Montesquieu, qu'elle pouvait au contraire garantir une liberté civile supérieure ; nous avons enfin montré que tout dépend de la légitimité et de la justice de l'État concerné.
Point de vue personnel.Il me semble qu'obéir à un État véritablement démocratique, fondé sur des lois justes et un pouvoir contrôlé, n'est pas renoncer à sa liberté mais l'exercer pleinement en tant que citoyen responsable ; le danger surgit lorsque l'obéissance devient aveugle et que l'État échappe à tout contrôle populaire.
Ouverture.On peut alors se demander si la désobéissance civile, lorsqu'une loi est manifestement injuste, ne constitue pas elle-même une forme supérieure de fidélité à l'esprit véritable de la liberté politique.
7

Sujet de Dissertation — N°7

La liberté humaine, entre condamnation et conquête

OG 7
libertéexistenceresponsabilité
Sujet

Sommes-nous condamnés à être libres ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.La liberté est habituellement présentée comme le bien le plus précieux de l'existence humaine, ce que l'on revendique et défend. Pourtant, l'expression « condamnés à être libres », employée par Sartre, associe étrangement la liberté à une peine, à un fardeau que l'homme devrait porter malgré lui, sans possibilité d'y échapper. Peut-on vraiment être condamné à ce qui, par ailleurs, constitue notre plus grande dignité ?
Problématisation.Le problème est le suivant : si l'homme est effectivement libre, n'est-il pas contradictoire de parler de « condamnation », qui suggère au contraire une contrainte subie et non choisie ? Faut-il comprendre que l'homme n'a pas le choix d'être libre, qu'il ne peut pas s'y soustraire même s'il le voulait, ce qui ferait de la liberté elle-même une forme de nécessité et de responsabilité inévitable, angoissante à assumer ?
Annonce du plan.Nous montrerons d'abord en quel sens l'homme est effectivement condamné à être libre, comme l'affirme Sartre ; nous verrons ensuite les objections que l'on peut opposer à cette thèse au nom du déterminisme et de la sagesse stoïcienne ; nous proposerons enfin une lecture plus nuancée de la liberté humaine comme liberté située.

II. Développement

Thèse.On peut d'abord affirmer que l'homme est condamné à être libre, au sens où il n'a pas choisi d'être libre mais se trouve jeté dans l'existence sans essence préalable qui déterminerait ce qu'il doit faire. Pour Sartre, l'existence précède l'essence : contrairement à un objet fabriqué selon un plan préconçu, l'homme n'a aucune nature donnée d'avance qui lui dicterait sa conduite ; il est condamné, à chaque instant, à choisir ce qu'il va être, sans excuse ni justification extérieure possible, ni Dieu, ni destin, ni déterminisme social ne pouvant décider à sa place. Cette liberté totale s'accompagne d'une angoisse, car l'homme est pleinement responsable de ses choix et ne peut se réfugier dans la « mauvaise foi » qui consisterait à se faire croire que sa situation lui est imposée. La condamnation, ici, désigne le caractère inéluctable de la liberté : nous ne pouvons pas ne pas choisir, même refuser de choisir est encore un choix, ce qui fait de la liberté un poids autant qu'un privilège.
Antithèse.Mais on peut objecter que cette liberté absolue est une illusion et que l'homme, en réalité, est déterminé par des causes qu'il ignore. Spinoza soutient ainsi que les hommes se croient libres seulement parce qu'ils sont conscients de leurs désirs mais ignorent les causes qui les déterminent : la liberté véritable ne consiste pas à échapper à la nécessité, mais à la comprendre. De même, la tradition stoïcienne enseigne qu'il existe des choses qui dépendent de nous, comme nos jugements et nos désirs, et des choses qui n'en dépendent pas, comme les événements extérieurs, la maladie ou la mort ; la sagesse consiste à accepter cette part de nécessité plutôt qu'à prétendre à une liberté totale et illimitée. Saint Thomas d'Aquin, dans une perspective religieuse, situe la liberté humaine à l'intérieur d'un ordre voulu par Dieu, où l'homme demeure libre de choisir le bien ou le mal, mais où cette liberté s'exerce dans un cadre déjà orienté par une fin qui le dépasse. Dans ces perspectives, l'idée d'une liberté absolue et sans limites, condamnant l'homme à tout inventer par lui-même, paraît excessive et méconnaît le poids réel des déterminismes naturels, sociaux et physiologiques.
Synthèse.Il faut alors distinguer la liberté absolue de choix, que Sartre décrit peut-être de façon trop radicale, et la liberté réelle, toujours exercée en situation. Sartre lui-même précise que la liberté n'est jamais celle d'un être désincarné : elle s'exerce toujours à travers un corps, une époque, une origine sociale, ce qu'il appelle le « coefficient d'adversité » du monde, c'est-à-dire les résistances que rencontre nécessairement toute action humaine. On peut alors dire, avec Kant, que la liberté authentique n'est pas l'absence de toute contrainte mais l'autonomie, c'est-à-dire la capacité de se donner à soi-même une loi morale malgré les penchants et les circonstances. Heidegger, de son côté, montre que l'homme, comme être-jeté-dans-le-monde, n'a pas choisi les conditions de son existence mais reste responsable de la manière dont il les assume authentiquement. La liberté humaine n'est donc ni une toute-puissance sans limites, ni une pure illusion masquant un déterminisme total : elle est la capacité, toujours limitée mais réelle, de prendre position et de donner un sens à une situation que l'on n'a pas entièrement choisie.

III. Conclusion

Bilan.Nous avons vu que Sartre affirme que l'homme est condamné à être libre parce qu'aucune essence préalable ne détermine ses choix, avant de rencontrer les objections de Spinoza, des stoïciens et de saint Thomas d'Aquin, qui rappellent le poids des déterminismes et des ordres qui nous dépassent ; nous avons enfin montré que la liberté humaine s'exerce toujours en situation, limitée mais réelle.
Point de vue personnel.Je pense que nous ne sommes pas condamnés à une liberté sans limites, mais que nous sommes bien responsables, dans les marges souvent étroites de notre situation, de la manière dont nous choisissons d'agir et de donner sens à notre existence ; c'est cette responsabilité, plus que la liberté elle-même, qui constitue le véritable poids de la condition humaine.
Ouverture.On peut alors se demander si cette responsabilité individuelle suffit, ou si elle doit nécessairement s'articuler à une solidarité collective face aux grands défis qui dépassent la seule volonté de chacun.