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Terminale D · Philosophie · 6 Sujets de dissertation corrigés · Programme officiel INRAP 2014
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6 Sujets de Dissertation Corrigés

Philosophie · Terminale D · Un sujet par objectif général du programme officiel
Méthode : Introduction (accroche, problématisation, plan) — Développement (thèse, antithèse, synthèse) — Conclusion (bilan, avis personnel, ouverture)

6 sujets Corrigés intégraux Thèse / Antithèse / Synthèse Méthode officielle INRAP

📋 Table des matières — 6 sujets

1

Sujet de Dissertation — N°1

La philosophie africaine face à la prétention occidentale à l'universel

OG 1
philosophie africaineuniversalitéethnophilosophie
Sujet

La philosophie est-elle une invention exclusivement occidentale ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Depuis l'Antiquité, l'Occident se présente comme le berceau unique de la philosophie, née avec les penseurs grecs comme Thalès ou Socrate. Le mot lui-même, philosophia, est grec, et l'histoire de la philosophie enseignée dans la plupart des manuels commence à Athènes et se poursuit en Europe. Mais ce récit, s'il explique l'origine du mot, dit-il toute la vérité sur l'origine de la pensée ?
Problématisation.La question se pose alors de savoir si la philosophie est un privilège exclusif de la civilisation occidentale, seule capable d'avoir produit une pensée rationnelle et systématique, ou si elle constitue au contraire une activité universelle de l'esprit humain, que l'on retrouve, sous des formes propres, dans toutes les civilisations, y compris en Afrique.
Annonce du plan.Nous examinerons d'abord les arguments qui fondent la thèse de l'exclusivité occidentale de la philosophie, avant de leur opposer la réplique africaine qui revendique l'existence d'une pensée philosophique propre au continent, pour enfin dépasser ce débat dans une conception universelle et plurielle de la philosophie.

II. Développement

Thèse.La thèse de l'exclusivité occidentale trouve sa formulation la plus radicale chez Hegel. Dans ses leçons sur la philosophie de l'histoire, le philosophe allemand présente l'Afrique comme un continent resté en dehors du mouvement de la raison, enfermé dans l'immédiateté du sensible et incapable, selon lui, de s'élever au concept, à l'universel et à la conscience de soi qui caractérisent la pensée philosophique. Cette position ne se limite pas à Hegel : nombre de penseurs occidentaux ont défini la philosophie par des critères précis — l'écriture, l'argumentation rationnelle explicite, le doute méthodique, la remise en cause critique des évidences — et ont jugé que ces conditions n'étaient réunies qu'en Grèce antique, puis en Europe. Selon cette perspective, ce que l'on trouve ailleurs relèverait de la sagesse, du mythe ou de la religion, mais non de la philosophie au sens strict, qui suppose un sujet pensant s'arrachant à la tradition pour interroger librement le monde.
Antithèse.Cette prétention a suscité une vive réplique africaine. Placide Tempels, dans La philosophie bantoue, entend montrer que les peuples bantous possèdent une véritable ontologie, organisée autour de la notion de force vitale, qui structure leur rapport au monde, à la communauté et au sacré. Alexis Kagamé prolonge cette démarche en comparant les catégories linguistiques des langues bantu aux catégories aristotéliciennes, afin de prouver qu'une pensée systématique existe bel et bien en Afrique. Toutefois, cette première réponse, dite ethnophilosophie, est à son tour critiquée par une génération de philosophes africains. Marcien Towa et Paulin Hountondji reprochent à Tempels et à Kagamé de décrire une vision du monde collective et anonyme, une mentalité partagée par tout un peuple, alors que la philosophie, pour mériter son nom, doit être l'œuvre critique et individuelle d'un auteur identifiable, qui argumente, discute et peut être contredit. Pour eux, revendiquer une philosophie africaine authentique suppose non pas de collectionner des croyances collectives, mais de produire un discours rationnel et critique sur les problèmes de l'Afrique et sur les problèmes universels de la raison.
Synthèse.De cette double critique se dégage une conception plus juste de la philosophie. Loin d'être la propriété exclusive d'une aire culturelle, la philosophie est une capacité universelle de l'esprit humain à s'interroger rationnellement sur soi, sur le monde et sur les valeurs ; mais cette capacité s'exerce historiquement dans des traditions particulières, avec des styles et des préoccupations différents. La Grèce antique a inventé un mot et une forme, non le monopole de l'acte de penser. Aujourd'hui, une véritable philosophie africaine existe, portée par des auteurs comme Towa, Hountondji ou Eboussi Boulaga, qui produisent une réflexion critique, rigoureuse, ancrée dans les réalités africaines — colonisation, tradition, modernité, développement — tout en dialoguant avec l'exigence universelle de rationalité. Reconnaître cela, ce n'est pas nier l'apport occidental, mais refuser d'en faire un absolu qui exclurait par principe d'autres voies d'accès à la pensée.

III. Conclusion

Bilan.Au terme de cette réflexion, il apparaît que la philosophie ne saurait être réduite à une invention exclusivement occidentale. Si l'Occident a nommé et systématisé cette activité, l'exigence de rationalité critique qui la définit n'est la propriété d'aucun peuple en particulier.
Point de vue personnel.Il nous semble que la véritable ligne de partage ne passe pas entre l'Afrique et l'Occident, mais entre une pensée qui se soumet sans examen à la tradition et une pensée qui ose interroger, critiquer et argumenter, où qu'elle se manifeste.
Ouverture.Dès lors, la tâche de la philosophie africaine contemporaine n'est-elle pas moins de prouver son existence que de s'affirmer pleinement comme une contribution originale au patrimoine intellectuel de l'humanité ?
2

Sujet de Dissertation — N°2

Conscience, corps et inconscient : les limites de la maîtrise de soi

OG 2
conscienceinconscientcorps
Sujet

Sommes-nous maîtres de nous-mêmes ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Il arrive que nous agissions contre nos propres résolutions : nous nous promettons de rester calmes et nous nous emportons, nous voulons dire la vérité et un mensonge nous échappe, un rêve nocturne nous trouble sans que nous en comprenions le sens. Ces expériences banales suggèrent qu'une part de nous-mêmes pourrait échapper à notre propre volonté.
Problématisation.Être maître de soi, c'est pouvoir diriger ses pensées, ses désirs et ses actes selon sa propre volonté consciente. Mais si le corps obéit à des mécanismes qui nous dépassent et si, comme le suggère la psychanalyse, une partie de notre psychisme demeure inconsciente, peut-on encore affirmer que nous sommes véritablement maîtres de nous-mêmes ?
Annonce du plan.Nous verrons d'abord que la conscience semble fonder une véritable maîtrise de soi, avant d'examiner comment le corps et l'inconscient viennent contester cette souveraineté, pour enfin chercher dans quelle mesure une maîtrise de soi relative et conquise demeure possible.

II. Développement

Thèse.La philosophie classique, en particulier celle de Descartes, fonde la maîtrise de soi sur la conscience. Dans le cogito, Descartes découvre que le sujet pensant a un accès direct et certain à ses propres pensées : je peux douter de tout, mais je ne peux douter que je pense, et cette pensée m'appartient en propre. De cette transparence de la conscience à elle-même, Descartes tire une conséquence pratique : par la méthode et la volonté, l'homme peut maîtriser ses passions et diriger sa conduite, la volonté bien conduite par la raison pouvant réguler les mouvements du corps. Être conscient de soi, c'est donc déjà se donner les moyens de se gouverner : l'homme apparaît comme un sujet libre, capable de se connaître et de se diriger, maître de ses jugements comme de ses actes.
Antithèse.Cette confiance dans la transparence de la conscience est profondément ébranlée par la découverte freudienne de l'inconscient. Freud montre que notre vie psychique est traversée par des désirs, des souvenirs et des pulsions refoulés, inaccessibles à la conscience mais actifs dans nos rêves, nos lapsus, nos actes manqués et certains symptômes. Le moi conscient n'est plus le seul maître dans sa propre maison : il doit composer avec des forces psychiques qui échappent à sa volonté et qui, pourtant, déterminent une partie de son comportement. À cela s'ajoute la dimension corporelle : nos réflexes, nos habitudes et nos besoins physiologiques imposent des contraintes que la volonté ne maîtrise pas entièrement. Ainsi, loin d'être transparents à eux-mêmes, nous serions en partie agis par ce qui, en nous, nous dépasse.
Synthèse.Faut-il pour autant conclure à une totale impuissance du sujet ? Des philosophes comme Alain ont vivement critiqué l'usage que l'on fait parfois de l'inconscient, y voyant une excuse commode pour renoncer à l'effort de volonté : invoquer l'inconscient reviendrait souvent à démissionner de sa responsabilité. Sartre, de son côté, conteste le concept même d'inconscient au nom de la liberté : pour lui, même nos conduites les plus troubles restent des choix dont nous portons la responsabilité, quitte à nous mentir à nous-mêmes dans ce qu'il appelle la mauvaise foi. Sans nier les acquis de la psychanalyse, on peut alors soutenir que la maîtrise de soi n'est ni un donné immédiat de la conscience, ni une illusion totale : c'est une conquête progressive, qui suppose de mieux se connaître, y compris dans ses zones d'ombre, pour élargir peu à peu, par l'effort et la volonté éclairée, le champ de ce que l'on maîtrise réellement.

III. Conclusion

Bilan.La réflexion montre donc que si la conscience semble d'abord garantir la maîtrise de soi, le corps et l'inconscient viennent limiter cette prétention, sans pour autant l'annuler complètement.
Point de vue personnel.Il nous paraît plus juste de considérer la maîtrise de soi non comme un état acquis une fois pour toutes, mais comme un travail permanent sur soi-même, qui exige lucidité et volonté.
Ouverture.Ne peut-on dès lors se demander si cette conquête de soi n'est pas indissociable d'une véritable éducation morale, qui apprendrait à chacun à composer avec ce qui, en lui, résiste à sa propre volonté ?
3

Sujet de Dissertation — N°3

Rationalisme et empirisme : l'origine de la connaissance

OG 3
rationalismeempirismevérité
Sujet

Toute connaissance procède-t-elle de l'expérience ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Un enfant apprend que le feu brûle en s'approchant trop près de la flamme ; mais il sait que deux plus deux égale quatre sans avoir eu besoin de vérifier ce calcul sur des objets. Ces deux exemples suggèrent que nos connaissances n'ont peut-être pas toutes la même origine.
Problématisation.Faut-il admettre, avec l'empirisme, que toute connaissance dérive de l'expérience sensible, ou existe-t-il, comme le soutient le rationalisme, des connaissances que la raison peut établir indépendamment de l'expérience, et qui en garantissent même la validité ?
Annonce du plan.Nous examinerons d'abord la thèse empiriste selon laquelle l'expérience est la source unique de toute connaissance, puis la thèse rationaliste qui affirme l'existence de vérités rationnelles indépendantes de l'expérience, avant de chercher comment ces deux sources peuvent se combiner dans une conception complète de la connaissance.

II. Développement

Thèse.Selon l'empirisme, dont John Locke est l'un des représentants majeurs, l'esprit humain à la naissance est comparable à une page blanche, une tabula rasa, dépourvue de toute idée innée. C'est l'expérience, sensation puis réflexion sur ces sensations, qui fournit progressivement à l'esprit l'ensemble de ses idées et de ses connaissances. Même les idées les plus abstraites, comme celles de cause, de substance ou de nombre, se formeraient par combinaison et généralisation à partir de données sensibles initiales. Cette thèse s'appuie sur une observation simple : nous ne pouvons parler valablement que de ce que nous avons, d'une manière ou d'une autre, expérimenté, directement ou indirectement ; un aveugle de naissance ne peut se représenter les couleurs, preuve que sans l'expérience sensorielle correspondante, aucune connaissance de ce type ne peut se former.
Antithèse.À cette thèse s'oppose le rationalisme, dont Descartes est la figure principale. Descartes observe que les sens nous trompent souvent — un bâton plongé dans l'eau paraît brisé, une tour vue de loin semble ronde — et qu'on ne peut donc fonder une connaissance certaine sur une source aussi faillible. Il soutient au contraire qu'il existe des vérités que l'esprit saisit par la seule puissance de la raison, indépendamment des sens : les vérités mathématiques, par exemple, ou la certitude du cogito, cette évidence que je pense donc je suis, qui ne dépend d'aucune donnée sensible mais de l'évidence rationnelle immédiate. Pour Descartes, ces idées claires et distinctes, dont certaines sont même innées, constituent le fondement le plus sûr de la connaissance, bien plus fiable que le témoignage changeant et parfois illusoire des sens.
Synthèse.Ces deux positions, prises isolément, rencontrent chacune des difficultés : l'empirisme peine à expliquer l'universalité et la nécessité de vérités comme celles des mathématiques, tandis que le rationalisme, en se coupant de l'expérience, risque de bâtir des systèmes qui ne rencontrent jamais le réel. Une voie de dépassement, popularisée notamment par Kant, consiste à distinguer la matière et la forme de la connaissance : l'expérience fournit le contenu sensible, mais l'esprit possède des structures rationnelles qui organisent nécessairement ce contenu pour en faire une connaissance véritable. Autrement dit, sans expérience nos concepts seraient vides, mais sans les structures rationnelles de l'esprit, nos expériences seraient aveugles, un simple chaos de sensations. On peut ajouter que les critères de vérité eux-mêmes varient selon le type de savoir : une connaissance empirique se vérifie par sa correspondance avec les faits observés, tandis qu'une vérité mathématique ou logique se reconnaît à sa cohérence interne et à sa nécessité démonstrative, sans recours direct à l'expérience.

III. Conclusion

Bilan.Cette étude montre donc que si l'expérience joue un rôle indispensable dans la formation de nombreuses connaissances, elle ne peut à elle seule rendre compte de la nécessité et de l'universalité de certaines vérités, notamment rationnelles.
Point de vue personnel.Il nous semble par conséquent plus juste de considérer que la connaissance authentique naît de la collaboration entre l'expérience, qui nourrit l'esprit de contenus concrets, et la raison, qui les organise et en garantit la validité.
Ouverture.Cette articulation entre raison et expérience n'invite-t-elle pas à s'interroger, plus largement, sur la place de chacune dans les sciences contemporaines, où l'observation expérimentale et la construction théorique rationnelle avancent toujours de concert ?
4

Sujet de Dissertation — N°4

Le travail, entre libération et servitude

OG 4
travailaliénationculture
Sujet

Le travail libère-t-il l'homme, ou l'asservit-il ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Le mot « travail » vient du latin tripalium, un instrument utilisé autrefois pour immobiliser ou torturer. Pourtant, aujourd'hui, on parle volontiers d'épanouissement professionnel, de réalisation de soi par le métier que l'on exerce. Ce paradoxe étymologique résume à lui seul toute l'ambiguïté de l'activité qui occupe la plus grande partie de la vie humaine.
Problématisation.Faut-il alors comprendre le travail comme ce qui distingue l'homme de l'animal, lui permet de transformer la nature pour la mettre à son service et de se construire une identité, une culture ? Ou bien faut-il au contraire y voir une contrainte extérieure, une nécessité subie qui plie le corps et l'esprit à des tâches répétitives, dépossède l'individu du fruit de son effort et l'enferme dans une condition de dépendance ? Le travail est-il le moyen par lequel l'homme s'accomplit, ou l'instrument de son asservissement ?
Annonce du plan.On montrera d'abord que le travail est ce par quoi l'homme se libère de la nature et se construit lui-même ; on verra ensuite que, dans certaines conditions sociales, il devient au contraire une aliénation ; on cherchera enfin à dépasser cette opposition en montrant que le pouvoir libérateur ou asservissant du travail dépend des rapports sociaux dans lesquels il s'inscrit.

II. Développement

Thèse.Le travail apparaît d'abord comme ce qui élève l'homme au-dessus de la simple animalité et lui donne sa liberté propre. Alors que l'animal se contente d'exploiter instinctivement son milieu, l'homme, par le travail, transforme consciemment la nature pour répondre à ses besoins et créer un monde qui porte sa marque : c'est la culture, opposée à la nature brute. Marx souligne ainsi que ce qui distingue l'architecte de l'abeille la plus habile, c'est que le premier conçoit dans son esprit le résultat de son travail avant de le réaliser : le travail est une activité de projet, une objectivation de l'intelligence humaine dans la matière. En façonnant le monde extérieur, l'homme se façonne également lui-même, développe ses capacités, acquiert des savoir-faire et une conscience de sa propre puissance. On peut aussi rappeler l'analyse hégélienne de la dialectique du maître et de l'esclave : c'est celui qui travaille la matière, et non celui qui se contente de jouir sans effort, qui finit par acquérir une véritable autonomie technique et une conscience de soi durable. Le travail serait donc la condition même de la liberté humaine, le moyen par lequel l'homme cesse d'être soumis à la nature pour devenir son maître.
Antithèse.Cependant, cette vision optimiste ne rend pas compte de ce que devient concrètement le travail dans de nombreuses organisations sociales, en particulier dans le système de production capitaliste tel que Marx le décrit dans ses écrits de maturité. Le travailleur n'est plus le maître du sens de son activité : il ne possède ni les outils, ni la matière première, ni le produit fini de son labeur, qui appartiennent à un autre. Marx parle alors de travail aliéné : l'ouvrier est dépossédé du fruit de son effort, dépossédé de l'acte même de travailler, réduit à une force vendue sur le marché contre un salaire, et finalement dépossédé de son rapport aux autres hommes et à sa propre humanité. La division parcellaire des tâches, poussée à l'extrême dans le travail à la chaîne, transforme l'ouvrier en simple rouage répétant un geste vide de sens. Voltaire, de son côté, sans nier que le travail éloigne l'homme de l'ennui et du besoin, rappelle qu'il demeure d'abord une nécessité que l'on subit plus qu'on ne la choisit librement. Loin de libérer, le travail peut donc devenir une servitude, un moyen par lequel certains hommes exploitent la force d'autres hommes.
Synthèse.Ces deux lectures ne sont pas contradictoires si l'on admet que le travail n'a pas de nature fixe : sa valeur libératrice ou asservissante dépend des rapports sociaux qui l'organisent. Le même geste technique peut être source d'accomplissement pour l'artisan qui maîtrise son outil et son temps, ou source d'épuisement pour l'ouvrier soumis à une cadence qu'il ne contrôle pas. Ce qui distingue les deux situations, ce n'est pas le travail en lui-même mais le degré d'autonomie, de reconnaissance et de partage équitable des fruits de l'effort. Un travail choisi, dont on maîtrise les conditions et dont on perçoit le sens, reste porteur de la promesse d'émancipation que décrivent Marx et Hegel ; un travail imposé, parcellisé et mal rétribué réalise au contraire la servitude que dénonce la critique sociale. La question du travail renvoie donc moins à son essence qu'à l'organisation économique et sociale qui l'encadre.

III. Conclusion

Bilan.Le travail est apparu d'abord comme l'activité par laquelle l'homme se distingue de l'animal, transforme la nature et se construit une culture ; il est apparu ensuite, dans les conditions concrètes de la production, comme un facteur d'aliénation et de dépossession de soi.
Point de vue personnel.Il me semble que le travail ne peut être pleinement libérateur que s'il s'accompagne d'une reconnaissance réelle de celui qui l'accomplit et d'un partage juste de ce qu'il produit ; sans cela, le discours sur l'épanouissement par le travail risque de masquer des situations d'exploitation bien réelles.
Ouverture.Cette réflexion invite à s'interroger sur l'avenir du travail à l'heure de l'automatisation et de l'intelligence artificielle : ces techniques libéreront-elles l'homme de la pénibilité, ou créeront-elles de nouvelles formes de dépendance et d'exclusion ?
5

Sujet de Dissertation — N°5

Providence divine ou nécessité matérielle de l'histoire

OG 5
histoireprovidencematérialisme historique
Sujet

Peut-on dire que l'histoire a un sens ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Il est courant, dans le discours politique comme dans les médias, d'entendre parler du « sens de l'histoire », comme si les événements humains suivaient une direction connue d'avance, ou d'affirmer que tel peuple serait « du bon côté de l'histoire ». Ces expressions supposent que l'histoire n'est pas un simple entassement de faits, mais qu'elle avance vers quelque chose.
Problématisation.Mais peut-on réellement soutenir que la succession des événements humains obéit à une direction et à une signification, alors que l'histoire semble faite de guerres, de hasards, de ruptures et de retours en arrière imprévisibles ? Dire que l'histoire a un sens, est-ce affirmer qu'elle est guidée vers une fin par une puissance qui la dépasse, ou est-ce simplement une manière commode, après coup, d'ordonner des faits qui n'obéissaient à aucun plan ?
Annonce du plan.On examinera d'abord la thèse théologique selon laquelle l'histoire est dirigée par une providence divine ; on confrontera ensuite cette lecture à la conception matérialiste, qui voit dans l'histoire un sens produit non par Dieu mais par les contradictions internes des sociétés humaines ; on tentera enfin de dégager ce que ces deux conceptions permettent, et ce qu'elles ne permettent pas, de dire du sens de l'histoire.

II. Développement

Thèse.Une première réponse consiste à affirmer que l'histoire a un sens parce qu'elle est conduite par une intelligence supérieure qui la dépasse et lui assigne une fin. C'est la position défendue par Bossuet dans sa conception théologique et providentielle de l'histoire : les empires naissent, grandissent et s'effondrent, les rois règnent et disparaissent, mais rien de tout cela n'est laissé au hasard ; Dieu se sert des actions humaines, y compris des passions, des ambitions et des guerres des hommes, comme des instruments d'un dessein qui les dépasse infiniment. Ce qui apparaît, au niveau des acteurs eux-mêmes, comme une succession chaotique de décisions et d'accidents, prend son sens véritable à un niveau supérieur, celui de la Providence, qui oriente secrètement l'ensemble vers une fin voulue par Dieu. Dans cette perspective, l'historien ne fait que déchiffrer, après coup, les traces d'un plan divin qui donne son unité et sa signification à la totalité des événements humains.
Antithèse.On peut cependant reprocher à cette lecture de faire reposer le sens de l'histoire sur une puissance extérieure et invérifiable, qui échappe à toute connaissance rationnelle des faits eux-mêmes. Marx propose une tout autre explication du sens de l'histoire, purement humaine et matérielle : ce ne sont pas les desseins de Dieu, mais les conditions matérielles de production et les rapports que les hommes nouent entre eux pour produire leur existence qui expliquent le mouvement de l'histoire. Selon la conception matérialiste, chaque société repose sur une organisation économique déterminée, et les contradictions qui se développent entre les forces productives et les rapports sociaux de production engendrent des luttes entre classes qui finissent par transformer les sociétés elles-mêmes. Ainsi, l'esclavage, la féodalité puis le capitalisme apparaissent comme des étapes nécessaires d'un même mouvement, dont le moteur n'est pas une volonté divine mais l'activité concrète des hommes producteurs et leurs conflits d'intérêts. L'histoire a donc bien un sens pour Marx, mais un sens immanent, produit par les hommes eux-mêmes et non reçu d'en haut.
Synthèse.Ces deux conceptions s'opposent sur l'origine du sens de l'histoire, transcendante chez Bossuet, immanente et matérielle chez Marx, mais elles partagent la conviction que l'histoire obéit à un ordre intelligible et à une direction. Or on peut se demander si l'histoire, telle qu'elle se déroule effectivement, n'est pas davantage marquée par la contingence, les retours en arrière et les événements imprévus, que par une nécessité rigoureuse, qu'elle soit divine ou économique. Il est possible d'accorder que le sens de l'histoire n'est jamais entièrement donné d'avance, mais qu'il se construit et se reconstruit sans cesse à travers l'interprétation que les hommes font de leur passé et le projet qu'ils forment pour leur avenir. Le sens ne serait alors ni un plan providentiel déjà écrit, ni une loi économique parfaitement nécessaire, mais une tâche : c'est aux hommes eux-mêmes, par leur engagement présent, de donner à l'histoire la direction qu'elle n'a pas nécessairement par elle-même.

III. Conclusion

Bilan.La question du sens de l'histoire a reçu deux grandes réponses : l'une, théologique, fait de l'histoire l'exécution d'un plan providentiel ; l'autre, matérialiste, y voit le produit nécessaire des contradictions économiques et sociales entre les hommes.
Point de vue personnel.Je pense qu'il est difficile d'affirmer avec certitude que l'histoire obéit à une nécessité totale, qu'elle soit divine ou matérielle, tant les faits historiques gardent une part de contingence ; mais je crois que les hommes ont besoin de chercher un sens à leur passé commun pour pouvoir agir et se projeter dans l'avenir.
Ouverture.On peut alors se demander si le devoir de mémoire, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui dans de nombreuses sociétés africaines et ailleurs, ne constitue pas une manière moderne de donner un sens au passé, indépendamment de toute providence ou de toute loi économique nécessaire.
6

Sujet de Dissertation — N°6

L'État, arbitre social ou instrument de domination

OG 6
Étatpouvoirliberté
Sujet

Obéir à l'État, est-ce renoncer à sa liberté ?

Corrigé — Dissertation

I. Introduction

Accroche.Dès les premières lignes de ses réflexions politiques, Rousseau observe que l'homme, qui naît libre, se retrouve pourtant partout soumis à des lois, des institutions et des autorités qu'il n'a pas toujours choisies. Cette tension entre la liberté naturelle de l'individu et la contrainte des institutions politiques traverse toute la réflexion sur l'État.
Problématisation.Faut-il alors considérer que se soumettre aux lois, aux institutions et aux décisions de l'État revient nécessairement à abandonner une part de sa liberté au profit d'une puissance qui nous dépasse et nous contraint ? Ou bien l'obéissance à l'État peut-elle être comprise, au contraire, comme la condition même par laquelle la liberté individuelle devient réelle et effective, en étant protégée de l'arbitraire des autres hommes ?
Annonce du plan.On montrera d'abord que l'État peut apparaître comme un instrument de domination auquel obéir revient à se soumettre ; on verra ensuite qu'il peut au contraire être compris comme un arbitre social nécessaire à la liberté de tous ; on cherchera enfin à montrer que la réponse dépend largement de la nature du régime politique et du rôle que le citoyen y joue.

II. Développement

Thèse.On peut d'abord soutenir qu'obéir à l'État revient effectivement à renoncer à sa liberté, dans la mesure où l'État n'est pas une instance neutre mais un instrument au service de certains intérêts particuliers. C'est la thèse défendue par Marx et développée par Lénine : loin d'incarner l'intérêt général, l'État serait l'appareil par lequel une classe sociale dominante, celle qui détient les moyens de production, assure et protège sa domination sur les autres classes, en particulier sur les travailleurs. Les lois, la police, la justice et l'administration ne feraient ainsi que traduire en normes contraignantes les rapports de force économiques déjà existants dans la société. Obéir aux lois de l'État reviendrait alors, pour le travailleur, à se plier à un ordre qui n'a pas été conçu dans son intérêt, mais dans celui d'une minorité dominante, ce qui revient bien à une forme de servitude déguisée en obéissance légale et légitime.
Antithèse.À l'inverse, on peut soutenir que l'État n'est pas d'abord un instrument de domination mais un arbitre social nécessaire, sans lequel la liberté individuelle resterait précaire et menacée. Spinoza montre que, dans un état où chacun ne suivrait que ses désirs et sa propre puissance, sans autorité commune, la liberté de chacun serait constamment menacée par la puissance des autres ; c'est au contraire en instituant une puissance commune, l'État, que les hommes peuvent vivre en sécurité et exercer une liberté effective, garantie par des lois communes. Hegel va plus loin encore en présentant l'État comme l'incarnation la plus haute de la raison et de la vie éthique commune : loin de s'opposer à la liberté individuelle, l'État est le milieu concret dans lequel cette liberté se réalise pleinement, car c'est en lui que l'individu trouve les institutions, les lois et la reconnaissance mutuelle qui donnent un contenu réel à sa liberté abstraite. Dans cette perspective, obéir à l'État n'est donc pas renoncer à sa liberté mais au contraire lui donner sa forme achevée.
Synthèse.Ces deux positions, en apparence opposées, s'éclairent en réalité si l'on prend en compte la nature du régime politique concerné. Dans une démocratie organisée selon les principes défendus par Montesquieu, avec la séparation des pouvoirs qui empêche qu'un seul organe concentre toute l'autorité, ou selon la conception de Rousseau, pour qui le citoyen obéit à la volonté générale à l'élaboration de laquelle il participe lui-même en tant que membre du corps politique, obéir à l'État revient à obéir à une loi que l'on s'est en un sens donnée à soi-même : ce n'est donc pas renoncer à sa liberté, mais l'exercer collectivement. En revanche, dans un régime où le pouvoir est confisqué par une minorité et où le citoyen n'a aucune part réelle à la décision politique, l'obéissance devient effectivement soumission, comme le dénoncent Marx et Lénine. La liberté de l'obéissance politique dépend donc moins de l'existence de l'État en général que du degré réel de participation des citoyens à l'exercice du pouvoir.

III. Conclusion

Bilan.La réflexion a mis en évidence deux conceptions opposées de l'État : instrument de domination d'une classe sur une autre pour Marx et Lénine, ou arbitre social garantissant et réalisant la liberté de tous pour Spinoza et Hegel ; elle a montré que le régime démocratique, avec Montesquieu et Rousseau, offre une voie permettant de concilier obéissance et liberté.
Point de vue personnel.Il me semble que l'obéissance à l'État n'est un renoncement à la liberté que lorsque le citoyen est exclu de la décision politique ; là où les institutions démocratiques permettent une réelle participation, obéir aux lois communes est au contraire l'expression d'une liberté partagée et non son sacrifice.
Ouverture.Cette conclusion invite à s'interroger sur la légitimité de la désobéissance civile : lorsque les lois d'un État deviennent manifestement injustes, désobéir ne devient-il pas, à son tour, un acte de liberté politique ?