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Introduction

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Afrique demeure pour les Européens un continent largement inconnu, surnommé le « continent noir » en raison de l'ignorance qu'ils en ont. Des explorateurs, missionnaires, journalistes et officiers, soutenus par des sociétés savantes et parfois par des monarques ambitieux, se lancent dans de vastes expéditions pour lever le voile sur l'intérieur du continent : cours des grands fleuves, sources du Nil, richesses économiques, populations rencontrées. Ces explorations, présentées comme scientifiques et humanitaires, sont en réalité la première étape d'un processus qui débouche directement sur le partage colonial de l'Afrique. Le bassin du fleuve Congo, cœur géographique de notre région, en est l'un des théâtres majeurs : c'est là que se joue, entre 1879 et 1885, une rivalité décisive entre la France de Savorgnan de Brazza et l'État personnel du roi belge Léopold II, servi par Henry Morton Stanley.

I. Les grandes explorations européennes dans le monde

Plusieurs puissances européennes financent, dans les années 1850-1880, des expéditions destinées à percer les mystères de l'Afrique intérieure. Chaque nation y voit une occasion de préparer, consciemment ou non, une future expansion coloniale.

1. Les explorations britanniques : Livingstone puis Stanley

Le missionnaire écossais David Livingstone parcourt l'Afrique australe et centrale à partir de 1841. Il traverse le continent d'ouest en est, découvre les chutes qu'il baptise « Victoria » en 1855 et cherche, jusqu'à sa mort en 1873, les sources du Nil dans la région des Grands Lacs. Resté plusieurs années sans nouvelles, il est retrouvé à Ujiji, au bord du lac Tanganyika, le 10 novembre 1871 par le journaliste américain d'origine galloise Henry Morton Stanley, envoyé par le quotidien new-yorkais New York Herald. C'est à cette occasion que Stanley aurait prononcé la célèbre phrase : « Docteur Livingstone, je présume ? ».

Stanley ne s'arrête pas là. Entre 1874 et 1877, il conduit une gigantesque expédition transafricaine, financée par la presse anglo-saxonne : parti de Zanzibar, il traverse l'Afrique orientale, contourne les lacs Victoria et Tanganyika, puis redescend tout le cours du fleuve Lualaba-Congo jusqu'à l'Atlantique, qu'il atteint à Boma en août 1877. Il est ainsi le premier Européen à établir le tracé complet du fleuve Congo, révélant son immense potentiel comme voie de pénétration vers l'intérieur de l'Afrique centrale.

Exemple précis

Faute de soutien du gouvernement britannique, peu intéressé par une colonisation directe du bassin du Congo, Stanley propose ses services à d'autres puissances. C'est le roi des Belges, Léopold II, qui saisit cette opportunité et l'engage dès 1879 : l'explorateur britannique devient alors l'instrument principal de la pénétration belge dans le bassin du Congo.

2. Les explorations allemandes : Gustav Nachtigal

L'Allemand Gustav Nachtigal explore, entre 1869 et 1874, les régions sahariennes et sahéliennes de l'Afrique centrale (Tibesti, Bornou, Baguirmi, Ouaddaï) et atteint la région du lac Tchad. Ses récits de voyage font de lui une autorité scientifique reconnue. En 1884, l'Empire allemand le nomme commissaire impérial chargé d'établir des protectorats en Afrique de l'Ouest : il proclame l'annexion allemande du Togo et du Cameroun la même année, illustrant le lien direct entre exploration savante et conquête coloniale.

3. Les explorations françaises : Pierre Savorgnan de Brazza

Né à Rome en 1852 et naturalisé français, officier de la marine française, Pierre Savorgnan de Brazza explore d'abord le fleuve Ogooué, au Gabon, entre 1875 et 1878. Convaincu que ce fleuve ne mène pas au bassin du Congo, il organise une seconde expédition (1879-1882) qui le conduit jusqu'au Stanley Pool, sur le fleuve Congo lui-même, où il va nouer une alliance décisive avec le souverain local, le roi Makoko des Bateke.

4. Les explorations belges : Léopold II et l'Association internationale africaine

Le roi des Belges Léopold II n'a pas d'ambitions scientifiques désintéressées : il rêve d'un domaine colonial personnel. En 1876, il réunit à Bruxelles une conférence géographique internationale et fonde l'Association internationale africaine (AIA), présentée comme une œuvre scientifique et humanitaire destinée à « civiliser » l'Afrique centrale et à lutter contre la traite des esclaves. Derrière cette façade philanthropique, le comité belge de l'association, devenu en 1878 le Comité d'études du Haut-Congo puis en 1882 l'Association internationale du Congo (AIC), sert en réalité d'instrument à la mainmise personnelle de Léopold II sur le bassin du Congo. C'est pour le compte de cette organisation que Léopold II recrute Stanley, fort de son expérience acquise au service des intérêts britanniques.

Définition

Association internationale africaine (AIA) : organisation fondée par Léopold II en 1876, officiellement vouée à l'exploration scientifique et à la lutte contre l'esclavage en Afrique centrale, mais utilisée en réalité comme façade pour la conquête et l'appropriation personnelle du bassin du Congo par le souverain belge.

II. Les rivalités franco-belges dans le bassin du Congo (1879-1885)

Le bassin du fleuve Congo devient, à la charnière des années 1880, le théâtre d'une véritable course de vitesse entre deux explorateurs représentant deux puissances rivales : la France, avec Savorgnan de Brazza, et l'État personnel de Léopold II, avec Henry Morton Stanley désormais à son service.

1. Brazza et le traité avec le roi Makoko (1880)

Parvenu au Stanley Pool, large élargissement du fleuve Congo, Brazza rencontre le roi Makoko, souverain du royaume téké (Bateke), qui contrôle la rive droite (nord) du fleuve. Le 10 septembre 1880, à Mbé, capitale du royaume téké, Brazza obtient du roi Makoko la signature d'un traité de protectorat : le souverain téké cède à la France ses droits de souveraineté sur la rive droite du fleuve Congo, plaçant son royaume sous protection française. Brazza fonde aussitôt, sur cette rive droite, un poste français au lieu-dit Ntamo (Nkuna), qui deviendra la ville de Brazzaville, future capitale du Moyen-Congo puis de la République du Congo. Ramené en France, le traité suscite un immense enthousiasme populaire (la « fièvre Brazza ») et est ratifié par la Chambre des députés en novembre 1882.

Définition

Traité de protectorat : accord par lequel un souverain ou un chef africain cède à une puissance européenne le contrôle de sa politique extérieure et, dans les faits, l'essentiel de sa souveraineté, en échange d'une protection nominale. Ces traités, souvent signés dans l'inégalité et l'incompréhension mutuelle, constituent la base juridique invoquée par les Européens pour justifier leur occupation.

Exemple précis — le traité Brazza-Makoko

Le texte du traité, rédigé en français et traduit oralement au roi Makoko, stipule que celui-ci « donne son pays à la France » et place ses populations sous le pavillon français. Le roi Makoko appose sa marque sur un document dont il ne mesure sans doute pas toutes les implications juridiques, selon une pratique alors très répandue dans la conquête coloniale de l'Afrique. Le poste fondé par Brazza sur la rive droite prend, dès 1880, le nom de « Brazzaville » en hommage à l'explorateur.

2. Stanley au service de Léopold II : la fondation de Léopoldville

Au moment même où Brazza négocie avec Makoko, Stanley remonte le fleuve depuis l'aval, financé par l'Association internationale du Congo de Léopold II. Entre 1879 et 1884, il établit une série de stations le long du fleuve (Vivi, Isangila, Manyanga) et négocie avec les chefs locaux plusieurs centaines de traités cédant leurs terres à l'AIC. En décembre 1881, arrivé à son tour au Stanley Pool, il découvre que Brazza l'a devancé de quelques mois sur la rive droite. Stanley s'installe alors sur la rive gauche (sud) du fleuve et y fonde un poste qu'il baptise Léopoldville, en l'honneur de son commanditaire — l'actuelle ville de Kinshasa. Ce poste devient le point de départ de la pénétration belge dans tout le bassin du Congo, noyau territorial du futur État indépendant du Congo puis du Congo belge.

Exemple précis

Face à face de part et d'autre du Stanley Pool, Brazzaville (rive droite, française) et Léopoldville (rive gauche, belge) matérialisent, dès leur fondation, la frontière issue de la rivalité entre les deux explorateurs. Ces deux villes, aujourd'hui Brazzaville et Kinshasa, restent à ce jour les deux capitales les plus proches au monde, séparées seulement par le fleuve.

3. Le partage du bassin du fleuve, de part et d'autre du Congo

La rivalité entre les deux explorateurs se conclut par un partage de fait du bassin du fleuve : la rive droite (nord) revient à la France, qui y constitue le Congo français (futur Moyen-Congo, aujourd'hui République du Congo), tandis que la rive gauche (sud) et l'essentiel du bassin intérieur reviennent à l'État de Léopold II, qui y constitue l'État indépendant du Congo (futur Congo belge, aujourd'hui République démocratique du Congo). Ce partage, né sur le terrain de l'action de deux hommes, doit cependant être reconnu et légalisé par les autres puissances européennes : c'est l'objet de la Conférence de Berlin.

4. La Conférence de Berlin (novembre 1884 - février 1885) : l'arbitrage des puissances

Réunie à l'initiative du chancelier allemand Otto von Bismarck, à la demande du Portugal soutenu par la France, la Conférence de Berlin rassemble du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 les représentants de quatorze puissances (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Portugal, Belgique, Espagne, Italie, Pays-Bas, Russie, Autriche-Hongrie, États-Unis, Empire ottoman, Danemark, Suède-Norvège), sans qu'aucun Africain n'y soit associé. Elle fixe les règles du partage colonial de l'Afrique et prend plusieurs décisions majeures concernant directement le bassin du Congo.

Définition

Principe d'occupation effective : règle adoptée à Berlin selon laquelle une puissance européenne ne peut revendiquer un territoire africain que si elle y exerce une autorité réelle (postes, traités, administration), et non par simple découverte. Ce principe déclenche, dans les années qui suivent, une véritable course à l'occupation du terrain entre puissances rivales.

  • La Conférence reconnaît l'État indépendant du Congo comme un État souverain, propriété personnelle du roi Léopold II de Belgique — et non colonie de l'État belge lui-même.
  • Elle proclame la liberté de commerce dans le « bassin conventionnel du Congo », vaste zone couvrant l'essentiel de l'Afrique centrale.
  • Elle instaure la liberté de navigation sur les fleuves Congo et Niger pour toutes les puissances.
  • Elle consacre le principe d'occupation effective comme condition de toute annexion territoriale future.
  • Elle affiche, en façade, une volonté de lutter contre la traite des esclaves en Afrique centrale.
  • Elle entérine, de fait, le partage franco-belge du bassin du fleuve entre le Congo français (rive droite) et l'État indépendant du Congo (rive gauche et intérieur du bassin).
Définition

Bassin conventionnel du Congo : zone définie par l'Acte général de Berlin (1885), englobant le bassin du fleuve Congo et ses abords, à l'intérieur de laquelle le commerce et la navigation doivent rester libres pour toutes les puissances signataires, quelle que soit la souveraineté territoriale exercée.

À noter

La Conférence de Berlin ne « découpe » pas l'Afrique sur une carte comme on le dit parfois de façon simplifiée : elle fixe des règles du jeu communes (occupation effective, liberté de commerce et de navigation dans le bassin du Congo) qui légalisent après coup le partage déjà largement engagé sur le terrain, notamment celui résultant de la rivalité Brazza-Stanley. Elle ouvre surtout la voie, dans les années 1885-1900, à la conquête effective et souvent violente de l'intérieur du continent, y compris à l'intérieur même de l'État indépendant du Congo.

Tableau chronologique des grandes explorations et de la rivalité franco-belge

PériodeExplorateurPuissance / commanditaireFait marquant
1852-1856David LivingstoneGrande-Bretagne (missions)Traversée de l'Afrique australe, découverte des chutes Victoria
1869-1874Gustav NachtigalAllemagneExploration du Sahara, du Sahel et de la région du lac Tchad
1871Henry Morton StanleyPresse britannique / américaineRetrouve Livingstone à Ujiji, lac Tanganyika
1874-1877Henry Morton StanleyPresse britannique / américaineTraversée de l'Afrique d'est en ouest, descente complète du fleuve Congo
1875-1878Savorgnan de BrazzaFranceExploration du fleuve Ogooué (Gabon)
1876Léopold IIBelgique (à titre personnel)Fondation de l'Association internationale africaine (AIA) à Bruxelles
1879-1884Henry Morton StanleyLéopold II / Association internationale du CongoInstallation de stations le long du fleuve Congo, traités avec les chefs locaux
1879-1882Savorgnan de BrazzaFranceSeconde expédition, du Gabon au Stanley Pool
10 septembre 1880Savorgnan de BrazzaFranceTraité avec le roi Makoko des Bateke ; fondation du poste devenu Brazzaville (rive droite)
Décembre 1881Henry Morton StanleyLéopold IIFondation de Léopoldville, actuelle Kinshasa (rive gauche)
Novembre 1882FranceRatification du traité Brazza-Makoko par la Chambre des députés française
Nov. 1884 - Fév. 188514 puissances européennesConférence de Berlin : reconnaissance de l'État indépendant du Congo, règles du partage colonial

🎯 L'essentiel à retenir

  • Les explorations européennes du XIXe siècle (Livingstone, Stanley, Nachtigal, Brazza) précèdent et préparent directement la conquête coloniale de l'Afrique.
  • Henry Morton Stanley explore d'abord pour le compte de la presse et des intérêts britanniques (recherche de Livingstone, descente du fleuve Congo 1874-1877), avant d'être recruté par Léopold II de Belgique.
  • Léopold II utilise l'Association internationale africaine puis l'Association internationale du Congo comme façade humanitaire pour bâtir un domaine colonial personnel dans le bassin du Congo.
  • Le 10 septembre 1880, Savorgnan de Brazza signe avec le roi Makoko des Bateke un traité cédant à la France la rive droite du fleuve Congo, où naît Brazzaville.
  • En décembre 1881, Stanley, au service de Léopold II, fonde Léopoldville sur la rive gauche, noyau du futur État indépendant du Congo.
  • La Conférence de Berlin (1884-1885) légalise ce partage franco-belge du bassin du Congo, reconnaît l'État indépendant du Congo comme propriété personnelle de Léopold II, et fixe le principe d'occupation effective qui va accélérer la conquête coloniale de toute l'Afrique.
1

Identifier les explorateurs et leurs itinéraires

Facile

Associez chaque explorateur à sa nationalité/puissance et à son itinéraire principal :

  1. David Livingstone — Gustav Nachtigal — Henry Morton Stanley — Pierre Savorgnan de Brazza
  2. a) Traversée du Sahara et du Sahel, région du lac Tchad ; b) Traversée de l'Afrique australe, découverte des chutes Victoria ; c) Exploration de l'Ogooué puis traité avec le roi Makoko ; d) Descente complète du fleuve Congo, puis fondation de Léopoldville

Reliez chaque explorateur (1) au fait qui le concerne (a, b, c ou d).

Correction
  1. David Livingstone → b) Traversée de l'Afrique australe, découverte des chutes Victoria.
  2. Gustav Nachtigal → a) Traversée du Sahara et du Sahel, région du lac Tchad.
  3. Henry Morton Stanley → d) Descente complète du fleuve Congo, puis fondation de Léopoldville.
  4. Pierre Savorgnan de Brazza → c) Exploration de l'Ogooué puis traité avec le roi Makoko.
2

Analyser la rivalité entre Brazza et Stanley

Moyen

En vous appuyant sur le résumé de cours, répondez aux questions suivantes :

  1. Pourquoi peut-on parler d'une véritable « course de vitesse » entre Brazza et Stanley au Stanley Pool en 1880-1881 ?
  2. Quelle puissance chacun des deux hommes représente-t-il, et pour quel commanditaire agissent-ils ?
  3. Quelle différence de méthode peut-on relever entre la démarche diplomatique de Brazza auprès du roi Makoko et l'action de Stanley, appuyée sur des moyens matériels plus importants fournis par Léopold II ?
Correction
  1. Les deux hommes convergent au même moment (1880-1881) vers le même point stratégique, le Stanley Pool, verrou d'accès à l'ensemble du bassin du Congo intérieur. Celui qui l'atteint et y noue des accords en premier assure à sa puissance le contrôle du site le plus favorable à l'implantation d'un port fluvial et d'une capitale.
  2. Brazza agit pour le compte de la France, avec des moyens modestes fournis par la marine française. Stanley agit, depuis 1879, pour le compte de Léopold II de Belgique et de son Association internationale du Congo, disposant de moyens matériels et financiers bien plus importants.
  3. Brazza privilégie une démarche diplomatique : il négocie directement avec le roi Makoko et obtient un traité de protectorat par la parole donnée, avec des moyens limités. Stanley, lui, multiplie les stations fixes, le personnel et les traités signés à grande échelle avec de nombreux chefs le long du fleuve, dans une logique plus systématique d'implantation territoriale financée par Léopold II.
3

Étudier le traité Brazza-Makoko (1880)

Moyen

« Le roi Makoko [...] cède aujourd'hui, de sa propre et libre volonté, à Monsieur de Brazza [...] agissant au nom de la France, la souveraineté et la propriété absolue de tout le territoire compris dans les limites du royaume des Bateke [...] » (extrait simplifié du traité de septembre 1880)

  1. Quels sont les deux protagonistes de ce traité ?
  2. Que cède exactement le roi Makoko à la France selon cet extrait ?
  3. En quoi ce type de traité illustre-t-il l'inégalité entre les partenaires de la négociation coloniale ?
  4. Quelle conséquence immédiate ce traité a-t-il pour l'histoire du bassin du Congo ?
Correction
  1. Le roi Makoko, souverain du royaume téké (Bateke), et Pierre Savorgnan de Brazza, agissant au nom de la France.
  2. Selon l'extrait, le roi Makoko cède « la souveraineté et la propriété absolue » de tout le territoire de son royaume, c'est-à-dire l'autorité politique et les droits territoriaux sur la rive droite du fleuve Congo.
  3. Ce traité, rédigé en français et transmis oralement par des interprètes, repose sur une compréhension très inégale des enjeux entre un souverain africain, habitué à des rapports d'alliance et de protection réciproque, et un officier européen porteur de notions juridiques occidentales de souveraineté territoriale absolue et définitive, étrangères aux conceptions locales du pouvoir.
  4. Ce traité fonde juridiquement la présence française sur la rive droite du fleuve Congo : il permet la création du poste qui deviendra Brazzaville et constitue la base territoriale du futur Congo français (Moyen-Congo), reconnu ensuite par la Conférence de Berlin.
4

Réfléchir aux conséquences de la Conférence de Berlin

Difficile

Répondez de façon argumentée aux questions suivantes :

  1. Pourquoi peut-on dire que la Conférence de Berlin (1884-1885) « légalise » plutôt qu'elle ne « crée » le partage du bassin du Congo entre la France et l'État de Léopold II ?
  2. Quelles décisions de la Conférence concernent directement le bassin du Congo ?
  3. En quoi le principe d'« occupation effective » adopté à Berlin va-t-il, dans les années qui suivent, accélérer la conquête coloniale de l'intérieur de l'Afrique centrale ?
  4. Quel statut particulier la Conférence donne-t-elle à l'État indépendant du Congo, et pourquoi ce statut est-il unique dans l'histoire coloniale ?
Correction
  1. Le partage réel du bassin du Congo entre la France (rive droite, à partir du traité Makoko de 1880) et l'État de Léopold II (rive gauche, à partir de la fondation de Léopoldville en 1881) est déjà accompli sur le terrain avant même la réunion de la Conférence. Berlin ne fait que reconnaître officiellement, entre puissances européennes, une situation de fait déjà créée par l'action de Brazza et de Stanley.
  2. La Conférence reconnaît l'État indépendant du Congo comme État souverain propriété personnelle de Léopold II ; elle proclame la liberté de commerce dans le bassin conventionnel du Congo ; elle instaure la liberté de navigation sur le fleuve Congo ; elle entérine ainsi la frontière franco-belge issue de la rivalité Brazza-Stanley.
  3. En imposant qu'une puissance ne puisse revendiquer un territoire que si elle y exerce une autorité réelle (postes, traités, administration), le principe d'occupation effective pousse chaque puissance à multiplier rapidement les expéditions, les traités et les implantations militaires à l'intérieur du continent, afin de ne pas se laisser devancer par une puissance rivale : c'est le point de départ de ce que l'on appelle la « course au clocher » coloniale.
  4. L'État indépendant du Congo n'est pas une colonie de l'État belge : il est reconnu comme la propriété personnelle du roi Léopold II lui-même, qui l'administre en dehors de tout contrôle du parlement belge. Ce statut, unique dans l'histoire coloniale de l'Afrique, ouvre la voie, dans les années suivantes, à une exploitation particulièrement brutale des populations et des ressources du Congo, avant que la Belgique ne soit contrainte d'annexer officiellement le territoire en 1908 (Congo belge).
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Problème de synthèse

Niveau Bac

Sujet : Montrez comment la rivalité entre Brazza et Stanley dans le bassin du Congo illustre les logiques de la conquête coloniale en Afrique.

Corrigé rédigé

Introduction. Entre 1879 et 1885, le bassin du fleuve Congo devient le théâtre d'une rivalité décisive entre deux explorateurs, Pierre Savorgnan de Brazza pour la France et Henry Morton Stanley pour l'État personnel du roi belge Léopold II. Loin d'être une simple compétition sportive entre aventuriers, cette rivalité condense à elle seule les principaux ressorts de la conquête coloniale de l'Afrique : la course de vitesse entre puissances rivales, l'usage du traité comme instrument de dépossession, et l'arbitrage final des puissances européennes entre elles, sans les Africains. On peut donc se demander en quoi l'épisode Brazza-Stanley constitue un cas d'école des logiques de la colonisation africaine.

I. Une course de vitesse entre puissances rivales. Brazza, explorateur au service de la France, et Stanley, désormais recruté par Léopold II après avoir servi les intérêts britanniques, convergent au même moment vers le Stanley Pool, verrou géographique commandant l'accès à tout le bassin intérieur du Congo. Chacun cherche à devancer l'autre pour assurer à sa puissance le contrôle du site le plus stratégique. Cette logique de vitesse, où la rapidité d'installation prime sur toute autre considération, deviendra, après la Conférence de Berlin, la règle générale de la conquête de l'Afrique sous le nom de principe d'occupation effective.

II. Le traité, instrument central de la dépossession. Brazza obtient, le 10 septembre 1880, la signature du roi Makoko cédant à la France la souveraineté sur la rive droite du fleuve ; Stanley, de son côté, multiplie les traités avec les chefs riverains pour le compte de l'Association internationale du Congo. Dans les deux cas, des souverains africains, engagés dans des rapports de pouvoir et de protection qui leur sont propres, signent des documents rédigés en des termes juridiques européens qu'ils ne maîtrisent pas pleinement, cédant en réalité l'essentiel de leur souveraineté. Le traité colonial apparaît ainsi comme l'habillage juridique d'un rapport de force profondément inégal.

III. L'arbitrage final entre puissances européennes. Le partage né de la rivalité de terrain entre Brazza et Stanley — Brazzaville sur la rive droite, Léopoldville sur la rive gauche — doit être reconnu par les autres puissances pour éviter un conflit ouvert en Europe. C'est l'objet de la Conférence de Berlin (1884-1885), qui légalise ce partage, reconnaît l'État indépendant du Congo comme propriété personnelle de Léopold II et fixe les règles générales du partage colonial de l'Afrique, sans qu'aucun représentant africain n'y soit associé.

Conclusion. La rivalité Brazza-Stanley dans le bassin du Congo n'est donc pas un fait isolé : elle est un condensé exemplaire des logiques qui président, dans la même période, à la conquête de l'ensemble du continent africain — compétition de vitesse entre puissances, usage du traité comme arme de dépossession, et arbitrage final réservé aux seules puissances européennes. Elle a par ailleurs une conséquence durable et concrète pour notre région : la naissance, de part et d'autre du même fleuve, de deux capitales, Brazzaville et Kinshasa, héritières directes de cette rivalité coloniale.

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Quel explorateur britannique est retrouvé par Stanley à Ujiji en 1871 ?
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Entre 1874 et 1877, quel exploit géographique Stanley réalise-t-il ?
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Quelle région Gustav Nachtigal explore-t-il principalement ?
Question 4/10
Quelle organisation Léopold II fonde-t-il en 1876 pour préparer sa mainmise sur le Congo ?
Question 5/10
Avec quel souverain africain Brazza signe-t-il un traité en septembre 1880 ?
Question 6/10
Que cède exactement le roi Makoko à la France par ce traité ?
Question 7/10
Quelle ville Stanley fonde-t-il en décembre 1881 sur la rive gauche du fleuve, pour le compte de Léopold II ?
Question 8/10
Comment le bassin du fleuve Congo se trouve-t-il partagé à l'issue de la rivalité Brazza-Stanley ?
Question 9/10
Quel statut la Conférence de Berlin (1884-1885) reconnaît-elle à l'État indépendant du Congo ?
Question 10/10
Quel principe adopté à Berlin va accélérer la conquête effective de l'intérieur de l'Afrique après 1885 ?
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