Entre 1880 et 1914, les grandes puissances européennes (Royaume-Uni, France, Allemagne, Belgique, Portugal, Italie, Espagne) se lancent dans une conquête accélérée et systématique de l'Afrique, de l'Asie et de l'Océanie. Cette phase, que les historiens nomment le « nouvel impérialisme » ou « impérialisme colonial », se distingue du colonialisme des XVIe-XVIIIe siècles par son ampleur, sa rapidité et surtout par l'ensemble cohérent de justifications et de motivations qui l'accompagnent. En quelques décennies, plus de 90 % du continent africain passe sous domination européenne. Ce chapitre analyse les idéologies qui légitiment cette entreprise ainsi que les motivations économiques, politiques, stratégiques, scientifiques et religieuses qui la sous-tendent réellement.
À la fin du XIXe siècle, certains penseurs européens détournent la théorie scientifique de Charles Darwin sur l'évolution des espèces (1859) pour l'appliquer, abusivement, aux sociétés humaines.
Des auteurs comme Arthur de Gobineau (Essai sur l'inégalité des races humaines, 1853-1855) ou, plus tard, des vulgarisateurs du herbertspencerisme, diffusent ces thèses racistes dans l'opinion publique et les milieux politiques européens. Cette idéologie sert à donner une caution « scientifique » à la conquête et à l'exploitation des peuples colonisés.
La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par une exaltation des sentiments nationaux en Europe. Après la défaite française de 1871 et l'unification allemande, chaque grande puissance cherche à affirmer sa grandeur. Posséder un vaste empire colonial devient un symbole de puissance et de prestige national, un instrument de rivalité entre nations autant qu'un instrument de gouvernement intérieur permettant de détourner l'opinion des tensions sociales et de rassembler la nation autour d'un projet grandiose.
Au-delà des discours idéologiques, la colonisation répond à des intérêts concrets, économiques, politiques, stratégiques, scientifiques et religieux, souvent étroitement mêlés.
| Type de motivation | Contenu principal | Exemple(s) marquant(s) |
|---|---|---|
| Idéologique | Darwinisme social, mission civilisatrice, nationalisme | Discours de Jules Ferry (1885) |
| Économique | Matières premières, marchés, placements de capitaux | Caoutchouc du Congo, cuivre du Katanga |
| Politique | Prestige national, rivalités entre puissances | Fachoda (1898), Conférence de Berlin (1884-85) |
| Stratégique | Contrôle des routes, détroits et canaux | Canal de Suez, occupation de l'Égypte (1882) |
| Scientifique et religieuse | Exploration géographique, évangélisation | Stanley, Brazza, cardinal Lavigerie |
Classez chacune des situations suivantes dans l'une des cinq catégories de motivations étudiées (idéologique, économique, politique, stratégique, scientifique/religieuse) :
Relisez l'extrait du discours de Jules Ferry cité dans le cours (28 juillet 1885) : « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »
À partir de vos connaissances sur la Conférence de Berlin (novembre 1884 - février 1885) et sur l'incident de Fachoda (1898), répondez aux questions suivantes :
« Le darwinisme social et la mission civilisatrice ne sont que des habillages destinés à masquer les véritables intérêts économiques, politiques et stratégiques de la colonisation. » Discutez cette affirmation en une quinzaine de lignes.
Cette affirmation contient une part de vérité importante, mais elle mérite d'être nuancée. Il est incontestable que le darwinisme social et la mission civilisatrice remplissent une fonction de légitimation : ils permettent de présenter une entreprise de domination et d'exploitation économique comme une œuvre morale, scientifique ou religieuse, acceptable pour l'opinion publique européenne et pour les parlements qui votent les crédits coloniaux. Le décalage entre le discours (« civiliser », « devoir ») et la réalité (travail forcé, exploitation des ressources, dépossession des terres) est flagrant dans de nombreuses colonies, notamment dans l'État indépendant du Congo de Léopold II.
Cependant, il serait excessif de réduire ces idéologies à de simples « habillages » cyniquement construits après coup. Beaucoup d'acteurs de l'époque, hommes politiques, missionnaires, explorateurs, croyaient sincèrement à la supériorité de la civilisation européenne et à leur devoir moral d'exporter le progrès. Ces idées, profondément ancrées dans la mentalité européenne du XIXe siècle, ont une existence propre et ne se réduisent pas à un simple calcul économique conscient. Il faut donc comprendre l'impérialisme colonial comme la rencontre entre des intérêts matériels bien réels (économiques, politiques, stratégiques) et un système de croyances sincère qui, sans être la cause profonde de la colonisation, en a facilité l'acceptation et la mise en œuvre.
Sujet : Montrez que l'impérialisme colonial européen repose sur un ensemble de motivations économiques, politiques, stratégiques, scientifiques et religieuses.
Introduction. Entre 1880 et 1914, les puissances européennes se partagent l'essentiel de l'Afrique et étendent leur emprise sur l'Asie et l'Océanie. Ce mouvement de conquête, présenté à l'époque comme une œuvre de civilisation, s'appuie en réalité sur un faisceau de motivations diverses et complémentaires. Nous montrerons que l'impérialisme colonial procède à la fois d'intérêts économiques, d'ambitions politiques, de calculs stratégiques et de motivations scientifiques et religieuses, le tout enveloppé dans un discours idéologique qui en assure la légitimation.
I. Des motivations économiques déterminantes. La deuxième révolution industrielle accroît considérablement les besoins des économies européennes en matières premières (caoutchouc, minerais, produits tropicaux) et en débouchés commerciaux pour une production industrielle en pleine expansion. Par ailleurs, les capitaux excédentaires accumulés par les banques et grandes entreprises européennes trouvent dans les colonies des placements plus rentables qu'en Europe (chemins de fer, mines, plantations), comme l'a analysé l'économiste Hobson. Cette dimension économique constitue le socle matériel de l'expansion coloniale.
II. Des motivations politiques et stratégiques. Posséder un empire colonial devient, dans le contexte du nationalisme exacerbé de la fin du XIXe siècle, un signe de puissance et de prestige national, ce qui alimente des rivalités vives entre la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Belgique (Fachoda 1898, crises marocaines), rivalités que la Conférence de Berlin (1884-1885) tente d'encadrer. À cela s'ajoutent des considérations stratégiques : le contrôle de points de passage vitaux comme le canal de Suez permet de sécuriser les liaisons entre la métropole et le reste de l'empire.
III. Des motivations scientifiques et religieuses qui accompagnent la conquête. La curiosité scientifique pousse des explorateurs comme Stanley ou Brazza à lever la carte de l'intérieur africain, ouvrant la voie à la pénétration coloniale, tandis que les entreprises missionnaires (Pères Blancs du cardinal Lavigerie) associent l'évangélisation des populations à la diffusion de la « civilisation » européenne.
Conclusion. L'impérialisme colonial européen ne s'explique donc pas par une cause unique : il résulte de la convergence de motivations économiques, politiques, stratégiques, scientifiques et religieuses, que des idéologies comme le darwinisme social et la mission civilisatrice viennent légitimer aux yeux des opinions publiques européennes. Cette combinaison de facteurs explique la rapidité et l'ampleur du partage colonial du monde à la fin du XIXe siècle.
Le darwinisme social prétend justifier la domination coloniale en se fondant sur :
En 1885, Jules Ferry défend devant la Chambre des députés l'idée selon laquelle :
Parmi les motivations suivantes, laquelle relève des motivations économiques de la colonisation ?
Pourquoi les entreprises et banques européennes investissent-elles massivement dans les colonies à la fin du XIXe siècle ?
La Conférence de Berlin (1884-1885) est convoquée à l'initiative de :
Le principe de « l'occupation effective », établi à la Conférence de Berlin, signifie que :
Pourquoi le canal de Suez revêt-il une importance stratégique majeure pour le Royaume-Uni ?
L'incident de Fachoda (1898) oppose principalement :
Le cardinal Charles Lavigerie est connu pour avoir :
Selon l'économiste John A. Hobson, le moteur essentiel de l'impérialisme colonial est :