Déclenchée en août 1914 à la suite de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, la Première Guerre mondiale devait, selon les états-majors, être une guerre courte, réglée en quelques semaines par de vastes manœuvres. Or, dès septembre 1914, le conflit change radicalement de nature. Il s'enlise pendant plus de quatre ans dans des combats de position d'une violence inédite, avant de s'étendre bien au-delà de l'Europe et de mobiliser des continents entiers. Ce chapitre retrace les grandes étapes de cette guerre : l'échec des plans de guerre éclair et l'installation d'une guerre de tranchées, la mondialisation progressive du conflit, puis son dénouement en 1918.
L'Allemagne entre en guerre avec un plan précis, conçu par le général Schlieffen : éviter la guerre sur deux fronts en écrasant rapidement la France par une vaste manœuvre d'enveloppement à travers la Belgique neutre, avant de se retourner contre la Russie, jugée plus lente à mobiliser. Les armées allemandes envahissent donc la Belgique dès le 4 août 1914 puis progressent rapidement vers Paris.
Guerre de mouvement : phase d'un conflit caractérisée par des déplacements rapides de troupes, des manœuvres d'enveloppement et l'absence de fronts fixes. Elle s'oppose à la guerre de position, où les armées s'immobilisent face à face derrière des lignes fortifiées.
Alors que l'armée allemande approche de Paris, les troupes françaises, commandées par le général Joffre et soutenues par le renfort des taxis parisiens réquisitionnés pour acheminer des soldats au front, contre-attaquent sur la Marne. Les Allemands sont repoussés et contraints de se retrancher sur la rivière Aisne. Ce « miracle de la Marne » ruine définitivement le plan Schlieffen : l'Allemagne doit désormais affronter simultanément la France à l'ouest et la Russie à l'est, exactement ce que le plan visait à éviter.
Après l'échec allemand sur la Marne, chaque camp cherche à déborder l'autre par le nord, dans ce que l'on appelle la « course à la mer ». Ce mouvement s'achève à l'automne 1914 : un front continu s'étire désormais de la mer du Nord aux Alpes suisses. Faute de pouvoir percer les lignes adverses, protégées par les mitrailleuses, l'artillerie et les barbelés, les soldats des deux camps s'enterrent. Commence alors la guerre de position, ou guerre des tranchées, qui va durer près de quatre ans.
Guerre de position (ou guerre de tranchées) : mode de combat où les armées, immobilisées face à face, s'enterrent dans des réseaux de tranchées séparés par le « no man's land ». Les tentatives d'offensive se heurtent à la puissance de feu défensive (mitrailleuses, artillerie), ce qui rend les gains de territoire minimes et les pertes humaines considérables.
La vie dans les tranchées est marquée par la boue, le froid, la promiscuité, la vermine, la peur constante des bombardements et des attaques, mais aussi par de longues périodes d'attente. Les soldats, que l'on surnomme les « poilus » côté français, subissent une usure physique et psychologique extrême, à l'origine de phénomènes comme les mutineries de 1917 dans l'armée française.
L'année 1916 est marquée par deux batailles emblématiques de la guerre d'usure, où chaque camp cherche moins à percer le front qu'à épuiser les forces vives de l'adversaire.
Le commandement allemand, avec le général Falkenhayn, lance une offensive massive sur la place forte de Verdun, choisie pour sa valeur symbolique et stratégique, dans le but avoué de « saigner à blanc » l'armée française. La bataille dure dix mois et fait environ 300 000 morts et plus de 400 000 blessés dans les deux camps, pour un front qui n'aura presque pas bougé. Elle devient le symbole du sacrifice des soldats et de l'absurdité meurtrière de la guerre de position.
Lancée par les armées franco-britanniques pour soulager Verdun, l'offensive de la Somme voit l'emploi, pour la première fois, de chars d'assaut britanniques. Elle se solde par plus d'un million de morts, blessés et disparus au total, pour une avancée territoriale de quelques kilomètres seulement. Verdun et la Somme illustrent ensemble le caractère industriel et destructeur de la guerre moderne, où l'artillerie lourde et les armes automatiques dominent le champ de bataille.
Verdun et la Somme démontrent que, dans la guerre de position, la puissance de feu défensive rend toute percée décisive quasiment impossible : les gains territoriaux se comptent en kilomètres tandis que les pertes humaines se comptent en centaines de milliers de vies.
Dès 1914, la guerre cesse d'être un conflit purement européen car les grandes puissances impliquées possèdent de vastes empires coloniaux qu'elles mobilisent pour l'effort de guerre. La France et le Royaume-Uni font appel à leurs colonies africaines et asiatiques, tant pour fournir des combattants que pour la main-d'œuvre et les matières premières.
Sous cette appellation générique, la France recrute des dizaines de milliers de soldats à travers toute l'Afrique occidentale et l'Afrique équatoriale française, envoyés combattre sur le sol européen, notamment à Verdun et dans la Somme. Ce recrutement, parfois forcé, illustre concrètement comment le continent africain est associé au conflit, et préfigure les revendications d'émancipation qui naîtront après-guerre chez d'anciens combattants ayant côtoyé l'Europe en armes.
Des troupes venues d'Inde, d'Indochine, d'Afrique du Nord et d'Afrique noire combattent ainsi côte à côte avec les soldats européens, transformant les champs de bataille du front occidental en un espace où se croisent des hommes venus de tous les continents. La guerre devient dès lors un événement qui engage, directement ou indirectement, une grande partie du monde colonisé.
Restés neutres depuis 1914, les États-Unis basculent dans le conflit le 6 avril 1917. Cette entrée en guerre s'explique principalement par la reprise, en février 1917, de la guerre sous-marine à outrance décidée par l'Allemagne : les sous-marins allemands (U-Boote) coulent sans préavis tous les navires, y compris neutres et américains, circulant dans la zone de guerre, ce qui provoque la perte de vies et de biens américains et pousse le président Wilson à rompre la neutralité.
L'arrivée progressive du corps expéditionnaire américain (American Expeditionary Force) à partir de 1917-1918 apporte aux Alliés des renforts humains et matériels considérables, à un moment où la France et le Royaume-Uni sont épuisés par plus de trois ans de guerre d'usure. Cet appoint pèsera lourd dans l'issue finale du conflit.
À l'est, le front russe connaît une évolution inverse. Affaiblie par des défaites militaires, une économie exsangue et une contestation politique croissante, la Russie est bouleversée par la révolution bolchevique d'octobre 1917 (calendrier julien), qui porte Lénine au pouvoir. Fidèles à leur promesse de sortir immédiatement du conflit, les bolcheviks négocient avec l'Allemagne et signent le traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918, qui met fin aux combats sur le front oriental, au prix de très lourdes concessions territoriales russes.
Traité de Brest-Litovsk (mars 1918) : traité de paix séparée entre la Russie soviétique et les puissances centrales, par lequel la Russie renonce à la Pologne, aux pays baltes, à la Finlande et à l'Ukraine, et sort définitivement de la guerre.
Cette sortie de guerre russe permet à l'Allemagne de transférer d'importants effectifs du front oriental vers le front occidental, dans l'espoir d'y obtenir une décision rapide avant que la puissance américaine ne se déploie pleinement.
Profitant des renforts venus de l'Est et cherchant à emporter la décision avant l'arrivée massive des Américains, le général allemand Ludendorff lance, entre mars et juillet 1918, une série de grandes offensives sur le front occidental. Ces attaques permettent des avancées spectaculaires, les plus importantes depuis 1914, et rapprochent un temps les troupes allemandes de Paris. Mais elles épuisent les dernières réserves allemandes sans obtenir de percée décisive.
À partir de juillet-août 1918, les armées alliées, désormais renforcées par un corps expéditionnaire américain en pleine montée en puissance et appuyées par l'usage massif des chars, reprennent l'initiative. La seconde bataille de la Marne (juillet 1918) puis une série d'offensives continues repoussent les armées allemandes sur toute la ligne. Simultanément, les autres puissances centrales s'effondrent : la Bulgarie, l'Empire ottoman puis l'Autriche-Hongrie capitulent successivement à l'automne 1918, isolant complètement l'Allemagne.
Épuisée militairement, économiquement et politiquement, secouée par des mutineries et une révolution qui contraint l'empereur Guillaume II à abdiquer début novembre 1918, l'Allemagne sollicite un armistice. Il est signé le 11 novembre 1918, à 5 heures du matin, dans un wagon aménagé en forêt de Compiègne, et prend effet à 11 heures. Les combats cessent sur le front occidental, mettant fin à plus de quatre années d'une guerre qui aura fait environ 10 millions de morts militaires et bouleversé durablement la carte du monde.
L'armistice du 11 novembre 1918 n'est qu'une cessation des combats : il ne règle pas les conditions de paix, qui seront négociées lors de la conférence de Paris et formalisées par le traité de Versailles en juin 1919.
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| Août 1914 | Invasion de la Belgique, application du plan Schlieffen | Début de la guerre de mouvement |
| Sept. 1914 | Bataille de la Marne | Échec du plan allemand, début de la guerre de position |
| Fév.-déc. 1916 | Bataille de Verdun | Guerre d'usure, pertes colossales |
| Juil.-nov. 1916 | Bataille de la Somme | Guerre d'usure, apparition des chars |
| Avril 1917 | Entrée en guerre des États-Unis | Mondialisation et renfort décisif des Alliés |
| Oct. 1917 | Révolution bolchevique en Russie | Début du retrait russe du conflit |
| Mars 1918 | Traité de Brest-Litovsk | Sortie de guerre de la Russie |
| Mars-juil. 1918 | Offensives allemandes du printemps | Dernière tentative allemande de décision |
| Été-automne 1918 | Contre-offensive alliée | Effondrement des puissances centrales |
| 11 nov. 1918 | Armistice de Compiègne | Fin des combats |
Classez chacune des situations suivantes dans la catégorie « guerre de mouvement » ou « guerre de position », en justifiant brièvement votre choix :
À partir du cours, répondez aux questions suivantes :
Remettez dans l'ordre chronologique les événements suivants et indiquez, pour chacun, une conséquence directe sur la suite du conflit :
« Nous vivons dans la boue jusqu'aux genoux, sous une pluie d'obus qui ne cesse jamais bien longtemps. Les rats sont partout, aussi gros que des chats, et se nourrissent des corps que l'on ne peut ramener. Nous attendons des heures, parfois des jours, l'ordre de monter à l'assaut, en sachant que beaucoup d'entre nous ne reviendront pas. » (Extrait reconstitué à partir de témoignages de poilus, 1916.)
Sujet : « Montrez que la Première Guerre mondiale bascule progressivement d'un conflit européen à un affrontement mondial et total. »
Vous rédigerez une réponse organisée, en vous appuyant sur les grandes étapes étudiées dans le chapitre (bataille de la Marne, Verdun et la Somme, mobilisation des empires coloniaux, entrée en guerre des États-Unis, sortie de guerre de la Russie, armistice de 1918).
Introduction. Déclenchée en Europe en août 1914 à partir d'une crise diplomatique balkanique, la Première Guerre mondiale semblait, au départ, être une guerre européenne classique, réglée par des manœuvres rapides. Or, en quatre ans, ce conflit change profondément de nature : il devient à la fois un affrontement d'usure prolongé et un événement mondial impliquant des continents entiers. Il convient donc de montrer, en trois temps, comment la guerre s'installe en Europe avant de basculer dans une dimension mondiale et totale.
I. Un conflit d'abord européen, qui s'enlise sur le front occidental. La guerre commence par l'application du plan Schlieffen : l'Allemagne cherche à vaincre rapidement la France en passant par la Belgique, avant de se retourner contre la Russie. Ce plan échoue à la bataille de la Marne en septembre 1914, qui stoppe l'avancée allemande et fait basculer le conflit d'une guerre de mouvement à une guerre de position. Les deux camps s'enterrent alors dans des tranchées qui s'étirent de la mer du Nord aux Alpes. Les années suivantes sont marquées par de gigantesques batailles d'usure, comme Verdun et la Somme en 1916, qui font des centaines de milliers de victimes pour des gains territoriaux quasi nuls. Le conflit, à ce stade, reste concentré sur le sol européen, mais il révèle déjà son caractère industriel et destructeur.
II. La mondialisation progressive du conflit. Le basculement vers une dimension mondiale s'opère par plusieurs canaux. D'abord, la mobilisation des empires coloniaux : la France et le Royaume-Uni font venir des troupes d'Afrique et d'Asie, dont les tirailleurs sénégalais recrutés en Afrique occidentale et équatoriale française, qui combattent sur le front occidental aux côtés des soldats européens. Ensuite, l'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, provoquée par la reprise de la guerre sous-marine à outrance allemande, apporte aux Alliés des moyens humains et matériels considérables et fait basculer définitivement le rapport de force. Enfin, à l'est, la sortie de guerre de la Russie, consécutive à la révolution bolchevique d'octobre 1917 et scellée par le traité de Brest-Litovsk en mars 1918, modifie l'équilibre du front, en libérant des troupes allemandes pour l'ouest. Le conflit devient ainsi un événement qui dépasse largement le cadre européen initial, tant par les hommes mobilisés que par les puissances impliquées.
III. Vers une guerre totale et sa conclusion. Ce caractère mondial s'accompagne d'un caractère total : les États mobilisent non seulement leurs armées mais aussi leurs économies, leurs populations civiles et leurs colonies, dans un effort de guerre qui engage la société tout entière. En 1918, l'Allemagne, forte des renforts venus de l'Est, tente une dernière fois d'emporter la décision par de grandes offensives de printemps, qui échouent. La contre-offensive alliée, appuyée par les troupes américaines fraîches, provoque l'effondrement des puissances centrales à l'automne 1918, et aboutit à l'armistice du 11 novembre 1918, qui met fin aux combats.
Conclusion. La Première Guerre mondiale illustre ainsi un double basculement : d'abord tactique, de la guerre de mouvement à la guerre de position en Europe ; ensuite géographique et humain, d'un conflit européen à un affrontement mondial mobilisant hommes, colonies et grandes puissances des autres continents. Cette mondialisation et cette totalisation du conflit expliquent à la fois son issue en 1918 et l'ampleur des bouleversements politiques et territoriaux qui suivront, réglés lors de la conférence de paix de Paris et par le traité de Versailles en 1919.
Quel plan militaire allemand échoue à la bataille de la Marne ?
Qu'entraîne l'échec de ce plan en septembre 1914 ?
En quoi consiste la guerre de position ?
Quelles batailles de 1916 symbolisent la guerre d'usure ?
Comment la guerre s'étend-elle hors d'Europe dès 1914 ?
D'où sont recrutés les tirailleurs sénégalais envoyés combattre en Europe ?
Quelle est la cause principale de l'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 ?
Quel événement provoque la sortie de guerre de la Russie ?
Que se passe-t-il au printemps 1918 ?
Quand et où est signé l'armistice qui met fin aux combats ?