L'armistice signé à Rethondes le 11 novembre 1918 met fin aux combats de la Première Guerre mondiale, mais il n'efface en rien les bouleversements que quatre années et demie de guerre totale ont fait subir au monde. Vainqueurs comme vaincus sortent du conflit épuisés, endeuillés et transformés. Il s'agit, dans ce chapitre, d'étudier les conséquences multiples de la Grande Guerre — humaines, matérielles, économiques, sociales, morales, scientifiques et enfin politiques et diplomatiques — pour comprendre comment les vainqueurs tentent de reconstruire, à travers la conférence de la paix de Paris (1919-1920), un ordre mondial nouveau, mais un ordre qui se révèle, dès l'origine, profondément fragile.
Par son ampleur, sa durée et son caractère industriel, la Première Guerre mondiale provoque une hécatombe humaine que l'Europe n'avait jamais connue jusque-là.
Génération du feu : expression qui désigne les hommes ayant combattu dans les tranchées entre 1914 et 1918. Durablement marquée dans son corps et dans son esprit par l'expérience du feu, de la violence de masse et de la mort de masse, cette génération porte, tout au long de l'entre-deux-guerres, la mémoire vivante — et souvent douloureuse — du conflit.
Les régions qui ont servi de champ de bataille pendant plusieurs années subissent des destructions matérielles à très grande échelle : villages rasés, terres agricoles rendues impraticables par les tranchées et les obus non explosés, voies ferrées, ponts, usines et mines détruits.
Le nord-est de la France (Somme, Aisne, Meuse, Nord, Pas-de-Calais) et une grande partie de la Belgique, zones de front quasi continu pendant plus de quatre ans, sont dévastés : des dizaines de milliers d'hectares de terres agricoles sont ravagés, des villages entiers ont totalement disparu, et le bassin minier et industriel du nord de la France est en grande partie détruit ou pillé. La reconstruction de ces régions occupera l'essentiel des années 1920.
La guerre a coûté des sommes colossales aux États belligérants, qui ont dû financer un effort de guerre sans précédent. Beaucoup de pays européens, y compris parmi les vainqueurs, sortent du conflit financièrement ruinés.
La mobilisation générale des hommes au front a contraint les sociétés européennes à réorganiser en profondeur le travail et la vie quotidienne.
Pendant la guerre, les femmes ont massivement remplacé les hommes mobilisés dans les usines, les champs, les transports et les services (les « munitionnettes » dans les usines d'armement en sont un exemple emblématique). Cette expérience nouvelle du travail salarié et de l'autonomie économique nourrit, dès l'après-guerre, des revendications sociales et politiques nouvelles, notamment en faveur des droits civiques et politiques des femmes.
Par ailleurs, le poids du sacrifice consenti par les classes populaires et ouvrières au front nourrit, dans l'immédiat après-guerre, des revendications sociales fortes (hausse des salaires, journée de huit heures, droits syndicaux) et une agitation politique parfois vive, dans un contexte marqué par l'exemple de la révolution russe de 1917.
Au-delà des chiffres, c'est la conscience même des sociétés européennes qui est ébranlée. L'ampleur inédite des pertes humaines, la violence industrielle des combats et la durée du conflit provoquent un profond traumatisme moral : remise en cause de l'idée de progrès, désillusion face aux valeurs qui avaient conduit à la guerre, développement d'une culture du souvenir et du deuil (monuments aux morts, cérémonies commémoratives) qui marque durablement la vie publique de tous les pays belligérants.
Paradoxalement, l'effort de guerre accélère certains progrès techniques et scientifiques, mobilisés au service de la puissance militaire mais dont les usages se prolongent ensuite dans la vie civile.
Réunie à partir de janvier 1919, la conférence de la paix de Paris rassemble les représentants des pays vainqueurs, dominés par les « Quatre Grands » : le président américain Woodrow Wilson, le président du Conseil français Georges Clemenceau, le Premier ministre britannique David Lloyd George et le président du Conseil italien Vittorio Orlando. Les vaincus (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Empire ottoman) ne sont pas conviés aux négociations et se voient imposer les traités déjà rédigés.
La conférence de Paris débouche sur une série de traités bilatéraux, chacun imposé à l'une des puissances vaincues.
| Traité | Date | Puissance vaincue concernée | Principales clauses |
|---|---|---|---|
| Traité de Versailles | 28 juin 1919 | Allemagne | Perte de l'Alsace-Lorraine, du couloir de Dantzig et des colonies ; démilitarisation de la Rhénanie ; armée limitée à 100 000 hommes ; « clause de culpabilité » (article 231) ; lourdes réparations financières. |
| Traité de Saint-Germain-en-Laye | Septembre 1919 | Autriche | Démembrement de l'Autriche-Hongrie ; interdiction de toute union (Anschluss) avec l'Allemagne ; importantes pertes territoriales. |
| Traité de Neuilly | Novembre 1919 | Bulgarie | Pertes territoriales, notamment son accès à la mer Égée ; réparations de guerre. |
| Traité de Trianon | Juin 1920 | Hongrie | Perte d'environ les deux tiers de son territoire et de sa population au profit des nouveaux États voisins. |
| Traité de Sèvres | Août 1920 | Empire ottoman | Démembrement de l'Empire ottoman ; perte des provinces arabes ; contrôle international des détroits. |
Signé le 28 juin 1919, le traité de Versailles impose à l'Allemagne des pertes territoriales importantes, une démilitarisation partielle, une limitation drastique de son armée et de très lourdes réparations financières, justifiées par la « clause de culpabilité » qui fait de l'Allemagne la seule responsable du déclenchement de la guerre.
Conséquence à retenir : perçu par une grande partie de l'opinion allemande comme un « diktat » humiliant et injuste (le « Diktat de Versailles »), ce traité alimente durablement un profond ressentiment national. Ce sentiment d'humiliation sera exploité, dans les années 1920 et 1930, par les mouvements nationalistes et extrémistes allemands, ce qui en fait l'un des terreaux des tensions de l'entre-deux-guerres.
Sur proposition notamment du président américain Wilson (auteur des « quatorze points »), les traités de paix créent, en 1919-1920, la Société des Nations (SDN), dont le siège est fixé à Genève.
Société des Nations (SDN) : première organisation internationale à vocation universelle, créée en 1919-1920 dans le but de garantir la paix mondiale, de régler pacifiquement les conflits entre États par la négociation et l'arbitrage, et de promouvoir la coopération internationale.
Cependant, la SDN est fragilisée dès l'origine par des faiblesses structurelles majeures :
Ces insuffisances préfigurent l'incapacité future de la SDN à empêcher les agressions des régimes totalitaires dans les années 1930 et, finalement, le déclenchement d'un second conflit mondial en 1939.
À partir du résumé de cours, répondez aux questions suivantes.
Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, impose à l'Allemagne vaincue de lourdes obligations.
La Société des Nations est créée en 1919-1920 pour garantir la paix mondiale.
On affirme souvent que « le traité de Versailles porte en germe la Seconde Guerre mondiale ».
Sujet : « Montrez que la Première Guerre mondiale laisse un monde profondément bouleversé, sur tous les plans, mais un ordre nouveau encore fragile. »
Vous rédigerez une réponse organisée, avec une introduction, un développement structuré en parties, et une conclusion.
Introduction. L'armistice du 11 novembre 1918 met fin à quatre années et demie d'une guerre totale d'une violence inédite. Si les armes se taisent, le monde qui en sort est méconnaissable : les sociétés sont endeuillées et traumatisées, les économies ruinées, les frontières redessinées. Les vainqueurs tentent, à travers la conférence de la paix de Paris (1919-1920), de fonder un ordre international nouveau et durable. Peut-on dire pour autant que cet ordre est solide ? Nous montrerons d'abord l'ampleur des bouleversements humains, économiques et sociaux provoqués par la guerre, avant d'étudier la tentative de reconstruction politique et diplomatique de l'après-guerre, pour souligner enfin la fragilité de cet ordre nouveau.
I. Un monde profondément bouleversé. Sur le plan humain, le bilan est effroyable : environ 10 millions de morts militaires, des millions de blessés et de mutilés, une « génération du feu » durablement marquée. Sur le plan matériel, les régions de combat (nord-est de la France, Belgique) sont dévastées. Sur le plan économique et social, la guerre ruine financièrement de nombreux pays, endettés notamment envers les États-Unis, tandis que les sociétés se transforment : les femmes ont occupé une place nouvelle dans l'économie, portant des revendications sociales et politiques inédites. Enfin, le traumatisme moral est profond, marquant durablement la mémoire collective européenne.
II. Une tentative de reconstruction d'un ordre nouveau. Face à ces bouleversements, les vainqueurs cherchent, lors de la conférence de la paix de Paris (1919-1920), à refonder l'ordre international. Plusieurs traités sont imposés aux vaincus, dont le traité de Versailles (1919) à l'Allemagne, qui subit pertes territoriales, restrictions militaires et lourdes réparations. Surtout, la création de la Société des Nations (SDN) en 1919-1920 marque une innovation majeure : pour la première fois, une organisation internationale est chargée de garantir la paix par la négociation plutôt que par la force.
III. Un ordre encore fragile. Cet ordre nouveau porte cependant en lui d'importantes fragilités. Le traité de Versailles, vécu par les Allemands comme un « diktat » humiliant, nourrit un profond ressentiment national exploité par les mouvements extrémistes de l'entre-deux-guerres. Le démembrement de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman crée de nouveaux États fragiles, traversés de tensions ethniques et territoriales. Enfin, la SDN elle-même est fragilisée dès l'origine : l'absence des États-Unis et l'absence de moyens de contrainte militaire l'empêchent d'agir efficacement, ce qui préfigure son incapacité future à empêcher un nouveau conflit mondial.
Conclusion. La Première Guerre mondiale laisse donc un monde bouleversé dans toutes ses dimensions — humaine, matérielle, économique, sociale, morale — et les vainqueurs tentent d'y répondre par la construction d'un ordre international nouveau, fondé sur les traités de paix et sur la SDN. Mais cet ordre, marqué par l'humiliation des vaincus et par la faiblesse structurelle de ses institutions, se révèle fragile : il ne parviendra pas à empêcher la marche vers un second conflit mondial, deux décennies plus tard.