Le 24 octobre 1929, la Bourse de New York s'effondre brutalement : c'est le début de ce que l'on appellera la « Grande Dépression ». En quelques semaines, ce krach boursier, localisé à Wall Street, se transforme en une crise économique et sociale d'une ampleur inédite qui touche d'abord les États-Unis puis, par contagion, l'ensemble du monde industrialisé. Cette crise marque durablement l'histoire du XXe siècle : elle ruine des millions d'épargnants, ferme des milliers d'usines, jette des dizaines de millions de travailleurs au chômage et fragilise les démocraties libérales, ouvrant la voie à la montée des régimes autoritaires en Europe. Ce chapitre se propose d'expliquer, d'une part, les causes profondes de cette crise, enracinées dans les excès économiques et financiers des « années folles », et d'autre part, ses manifestations concrètes, depuis le krach boursier jusqu'à sa propagation mondiale.
Durant les « années folles » (1920-1929), l'économie américaine connaît une croissance spectaculaire portée par la production de masse (méthodes tayloriennes et fordiennes) dans l'industrie automobile, l'électroménager et le bâtiment. Les usines, sans cesse modernisées, produisent toujours plus de biens. Or, les salaires des ouvriers et des employés n'augmentent pas au même rythme que la production. Une grande partie de la population, notamment les agriculteurs et les ouvriers les moins qualifiés, ne dispose pas d'un pouvoir d'achat suffisant pour absorber cette production croissante.
Situation dans laquelle la quantité de biens produits par les entreprises dépasse la capacité d'achat réelle des consommateurs, entraînant une accumulation de stocks invendus.
Pour compenser cette insuffisance du pouvoir d'achat, les industriels développent massivement le crédit à la consommation (vente à tempérament), qui permet aux ménages américains d'acheter automobiles, postes de radio ou réfrigérateurs sans en avoir les moyens immédiats. Ce mécanisme retarde artificiellement l'apparition du déséquilibre mais l'aggrave à terme, car il repose sur un endettement croissant des ménages. Le secteur agricole est frappé plus tôt encore : dès le milieu des années 1920, la surproduction de blé et de coton, conjuguée à la concurrence internationale, fait chuter les prix agricoles et ruine de nombreux fermiers américains, notamment dans le Midwest.
Au cours des années 1920, le commerce international ralentit. Les pays européens, endettés et affaiblis par la Première Guerre mondiale, peinent à importer les produits américains. Par ailleurs, de nombreux États, y compris les États-Unis eux-mêmes (tarif douanier Fordney-McCumber de 1922, puis Smoot-Hawley en 1930), relèvent leurs barrières douanières pour protéger leur production nationale.
Politique économique qui consiste à protéger la production nationale de la concurrence étrangère par des droits de douane élevés ou des quotas d'importation.
Cette montée du protectionnisme freine les échanges internationaux et prive les industries exportatrices de débouchés extérieurs, aggravant encore le problème des invendus déjà provoqué par la sous-consommation intérieure.
Le troisième facteur, le plus immédiatement responsable du déclenchement de la crise, est l'emballement spéculatif de la Bourse de New York. Durant les « années folles », des millions d'Américains, y compris des particuliers modestes, se mettent à acheter des actions dans l'espoir de s'enrichir rapidement, car les cours ne cessent de monter (l'indice Dow Jones est multiplié par près de six entre 1921 et son sommet de septembre 1929).
Achat de titres (actions) dans le seul but de les revendre plus cher, sans lien avec la valeur réelle de l'entreprise ou de son activité économique.
Ce phénomène est amplifié par l'achat d'actions à crédit (le « call loan » ou achat « on margin ») : un investisseur peut acquérir des actions en ne versant qu'une petite partie de leur valeur (parfois 10 %), le reste étant emprunté auprès d'un courtier ou d'une banque, avec les actions elles-mêmes comme garantie. Ce système démultiplie les gains en période de hausse, mais rend le système financier extrêmement fragile : dès que les cours cessent de monter, les emprunteurs sont incapables de rembourser, ce qui précipite les ventes en catastrophe.
Entre 1925 et 1929, les crédits accordés pour l'achat d'actions à Wall Street passent d'environ 1 milliard à plus de 8,5 milliards de dollars. Les cours des actions montent bien plus vite que les bénéfices réels des entreprises : une bulle spéculative se forme, totalement déconnectée de l'économie réelle.
Ainsi, à la veille du krach, l'économie américaine cumule trois fragilités : une production que la demande intérieure ne peut plus absorber, des débouchés extérieurs qui se réduisent, et une Bourse suralimentée par la spéculation à crédit. Il ne manque plus qu'un déclencheur pour que l'ensemble du système s'effondre.
À partir de septembre 1929, les cours de la Bourse de New York commencent à devenir instables. Le jeudi 24 octobre 1929, connu sous le nom de « jeudi noir » (Black Thursday), plus de 13 millions d'actions sont brutalement vendues en une seule journée, provoquant un effondrement des cours. Une brève reprise est organisée par un consortium de grandes banques new-yorkaises, mais elle ne suffit pas à enrayer la panique. Le mardi 29 octobre 1929, le « mardi noir » (Black Tuesday), plus de 16 millions d'actions changent de mains et les cours s'effondrent définitivement.
Chute brutale et massive des cours des actions à la Bourse, provoquée par une vague de ventes de panique après l'éclatement d'une bulle spéculative.
L'effondrement des cours se poursuit durant les semaines et les mois qui suivent : à l'été 1932, l'indice Dow Jones a perdu près de 90 % de sa valeur par rapport à son sommet de septembre 1929. Des millions de petits actionnaires et d'épargnants américains, qui avaient investi leurs économies ou emprunté pour acheter des actions, sont ruinés en quelques jours.
Le krach boursier, à lui seul, aurait pu rester un phénomène financier limité. Mais il révèle et aggrave les fragilités structurelles de l'économie américaine, provoquant une véritable crise économique généralisée :
La crise américaine se propage rapidement au reste du monde par deux canaux principaux : les canaux financiers et les canaux commerciaux.
Dès le début des années 1930, la crise touche ainsi durement l'Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, France) puis progressivement la majeure partie du monde, y compris les colonies et les pays exportateurs de matières premières, dont les prix s'effondrent. La crise de 1929 devient ainsi la première grande crise économique véritablement mondiale de l'histoire contemporaine.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1920-1929 | « Années folles » : croissance économique américaine, essor du crédit à la consommation et de la spéculation boursière |
| 1922 | Tarif douanier Fordney-McCumber : premier durcissement protectionniste américain |
| Septembre 1929 | L'indice Dow Jones atteint son plus haut niveau historique |
| 24 octobre 1929 | « Jeudi noir » : première vague de ventes de panique à Wall Street |
| 29 octobre 1929 | « Mardi noir » : effondrement définitif des cours boursiers |
| 1930-1933 | Faillites bancaires en chaîne, chute de la production, explosion du chômage aux États-Unis |
| 1930 | Tarif Smoot-Hawley : durcissement protectionniste qui aggrave la crise mondiale |
| Mai 1931 | Faillite de la banque autrichienne Credit-Anstalt : la crise financière touche l'Europe |
| 1932 | Le Dow Jones a perdu près de 90 % de sa valeur par rapport à 1929 |
Classez chacun des éléments suivants dans la colonne « Cause » ou « Manifestation » de la crise de 1929 : a) le « jeudi noir » du 24 octobre 1929 ; b) la surproduction industrielle américaine des années 1920 ; c) l'explosion du chômage aux États-Unis ; d) l'achat d'actions à crédit ; e) les faillites bancaires en chaîne ; f) la montée du protectionnisme dans les années 1920.
Entre 1925 et 1929, les crédits accordés pour l'achat d'actions à Wall Street passent d'environ 1 milliard à plus de 8,5 milliards de dollars, tandis que l'indice Dow Jones est multiplié par près de six.
À partir du cours, répondez aux questions suivantes.
« La crise de 1929 est américaine par ses causes, mais mondiale par ses conséquences. »
Sujet : Montrez que la crise de 1929 trouve son origine dans les excès économiques et financiers des années 1920 avant de se propager au monde entier.
Introduction — Les « années folles » (1920-1929) sont marquées, aux États-Unis, par une croissance économique spectaculaire fondée sur la production de masse et une intense spéculation boursière. Cette prospérité apparente cache pourtant de profonds déséquilibres qui éclatent au grand jour avec le krach de Wall Street en octobre 1929, avant que la crise ne se transforme en la première grande crise économique mondiale de l'histoire contemporaine. Il s'agit de montrer comment des excès proprement américains ont pu déboucher sur une catastrophe planétaire.
Conclusion — La crise de 1929 illustre de façon exemplaire comment des déséquilibres économiques et des excès spéculatifs nés dans un seul pays peuvent, dans une économie mondialisée par les échanges commerciaux et financiers, se propager et frapper l'ensemble de la planète. Elle ouvre une décennie de crise économique et sociale profonde qui pèsera lourdement sur l'évolution politique de l'Europe dans les années 1930.
Quel phénomène caractérise l'économie américaine des « années folles » à l'origine de la crise de 1929 ?
Comment les industriels américains tentent-ils, dans un premier temps, de compenser l'insuffisance du pouvoir d'achat des ménages ?
Qu'est-ce que l'achat d'actions « à crédit » (on margin) durant les années 1920 ?
Quelle mesure économique traduit la montée du protectionnisme et aggrave la récession du commerce mondial ?
Que désigne-t-on par « jeudi noir » ?
À quelle date a lieu le « mardi noir », qui marque l'effondrement définitif des cours boursiers ?
Quelle conséquence directe le krach boursier a-t-il sur le système bancaire américain ?
Environ combien de valeur l'indice Dow Jones a-t-il perdu entre septembre 1929 et l'été 1932 ?
Par quel canal principal les difficultés bancaires américaines se transmettent-elles à l'Europe dès 1931 ?
Pourquoi peut-on dire que la crise de 1929 devient une crise véritablement mondiale ?